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LES RÉPUBLICAINS ET NAPOLÉON

verncmcnt; il les avait sacrifiés à la vieille aristocratie ; il s'était vengé sur eux des machines infernales construites par les royalistes. Cependant, en 1815, les républicains formèrent dans la Chambre des représentants le noyau de la minorité qui soutint franchement Napoléon, par amour de la patrie.

« Il importe que l'Europe le sache : aucun dissentiment ne subsiste parmi nous quand il s'agit de sauver la France, disait un ancien Conventionnel (Garnier de Saintes); dans ce but glorieux, nous ne faisons qu'un avec l'Empereur, comme l'Empereur ne fait qu'un avec nous ; et lui-même, devenu l'homme de la nation, ne peut plus être séparé d'elle. *>

L'honorable Sismondi, qui s'était tenu à distance de l'Empire, qui avait, comme il le dit avec orgueil, publié, sous le règne de Napoléon, quatorze volumes de politique, sans écrire une fois son nom et sans faire allusion à ses actes, Sismondi, en 1815, s'efforça de lui ramener l'opinion : il composa une brochure, à laquelle on peut même reprocher d'avoir dépassé le but, puisqu'elle fait l'éloge de V Acte additionnel; mais quand l'auteur de l'Acte additionnel voulut récompenser son apologiste par une décoration, la délicatesse de celui-ci s'en offensa .

Parmi les illustres vétérans de la République que les dangers de la France rapprochèrent de Napoléon, citons encore le général Lecourbe. Nous l'avons vu à l'armée du Rhin, où l'on n'aimait pas le Premier Consul. L'Empereur s'en souvint, et Lecourbe vécut délaissé, dans les montagnes du Jura, pendant tout le régime impérial. Moreau, en 1812, revenant d'Amérique, alla le trouver secrètement pour l'entraîner dans sa malheureuse tentative. Lecourbe repoussa les ouvertures de

son ancien ami ; et quoique cette visite l'eût rendu l'objet de nouvelles déûanccs, en 1815 il offrit spontament son épée à Napoléon, qui, après lui avoir d'abord assigné un poste très-important à l'armée, le lui retira pour le transmettre au général Grouchy : fatale inspiraration peut-être !

Les républicains, dans les circonstances difficiles de cette époque, firent preuve d'esprit politique et de haute moralité : ils voyaient dans Napoléon le généralissime de la nation, et ils s'empressèrent de se ranger sous ses ordres, résolus à lui faire opposition le lendemain de la victoire, si l'adversité n'avait point corrigé ses instincts de despotisme. Carnot, mis en évidence par sa position, était en quelque sorte devenu leur drapeau. Il ne se bornait pas à donner l'exemple du ralliement, il conviait les autres à l'imiter : il écrivait à M. Crévelier(de la Charente), ancien Conventionnel, qui hésitait à se mettre sur les rangs pour la nouvelle assemblée : a La présence des républicains dans cette assemblée est le moyen d'empêcher le retour des abus qui vous inspirent tant de défiance. Si cet homme nous trompe, nous aurons rempli notre devoir, et nous irons, comme le vieux Romain, reprendre notre charrue ; mais du moins le sol qu'elle creusera n'aura pas été foulé par l'invasion étrangère' . »

A cette heure suprême pour la France, Carnot vit venir à lui des hommes qui, dans d'autres temps, s'étaient montrés ses adversaires, quelques-uns que les luttes passionnées de la Révolution l'avaient conduit â juger trop sévèrement : il en convenait avec une joie digne de son grand cœur.

1 M. Crévelier fils m'a cité de mémoire cette lettre qu'il regrettait d'avoir brûlée pendant la proscription de son père.

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