CONSPIRATION DE BABEUF. A
Voulland, Àmar, Vadier, proscrits par Robespierre, avaient travaillé au 9 thermidor; ils n'en parlaient pas moins de reconstruire la salle des Jacobins aux frais des Thermidoriens. Enfin l'athée Sylvain Maréchal, l'un des apôtres de la secte nouvelle, ne pouvait passer pour disciple de celui qui avait restauré l'Être suprême. Et pourlant ces étranges conspirateurs eurent un moment, diton, le projet de chercher un poinl d'appui dans la théophilanthropie.
L'acte d'insurrection trouvé chez Babeuf n'est pas plus exempt d'expressions discordantes: on y veut à la fois exciler la convoitise des prolétaires et rassurer les propriétaires : « Les biens des émigrés, des conspirateurs et de tous les ennemis du peuple seront distribués sans délai aux défenseurs de la patrie et aux indigents; » et à coté de cela : « Les propriétés publiques et particulières sont sous la sauvegarde du peuple. »0n prodigue des termes vagues que chaque imagination peut interpréter à sa guise : « Affranchissement de la masse, égalité, liberté, bonheur commun; » puis des promesses immédiates, émouvantes dans un temps de pénurie et de souffrance : « Des vivres de toute espèce seront portés sur les places publiques; les boulangers sont en réquisition pour faire continuellement du pain, qui sera distribué gratis au peuple. » Mais ceux qui affectent tant de sollicitude pour ses besoins matériels n'en ont guère pour sa dignité : « Il faut prévenir toute réflexion de la part du peuple, il faut qu'il fasse d'abord des actes qui l'empêchent de rétrogader. »
Que serait devenue la liberté sous un gouvernement qui prétendait mesurer la production, la consommation et les échanges? qui réglementait jusqu'à l'intimité des rel liions et prescrivnit des couleurs pour distinguer les
âges et les professions? Que serait devenue la civilisalion entre les mains de ces hommes qui s'écriaient dans leur manifeste : « Périssent, s'il le faut, tous les arts, pourvu qu'il nous reste l'égalité réelle! »
Quant à leurs moyens de réussite, ils étaient simples et en harmonie avec la pensée de terrorisme : c'était le meurtre des hommes pour renverser les institutions : massacrer les directeurs et les ministres, expulser la majorité des conseils, installer un comité de salut public plus dictatorial que l'ancien.
Nous ne pouvions pas parler moins longuement d'une tentative qui exposa la France à tomber aussi bas que l'eut entraînée précédemment le triomphe d'Hébert. Il importait de caractériser cette entreprise dénuée de plan et de doctrine, où l'on ne voit guère en action que des égarements, des haines et des convoitises.
Le ministre de la police, Cochon, éventa la mine par les moyens accoutumés, c'est-à-dire par les révélations de quelques faux frères. Il en avertit les directeurs, et trouva leurs oreilles fermées. Plus positivement renseigné sur les projets prêts à éclater, et convaincu de la nécessité de les prévenir si l'on ne voulait avoir à combattre une insurrection armée, il revint à la charge, sans plus se faire écouter. Tel craignait sajis doute de compromettre son crédit; tel autre, peut-être, n'était pas étranger à ce qui se tramait : Buonarotti affirme que Barras offrit ses services à la conspiration.
Cette inaction pouvait être fatale au gouvernement.
Carnol présidait alors le Directoire; s*1 mettant audessus des craintes et des ménagements, quoiqu'il ne fût aucunement chargé de. la police, il se rendit luimême chez le ministre, et lui traça la marche à suivie pour s'emparer à la fois de la personne des conjurés et