‹ Mémoires sur CarnotChapitre 163 sur 235 · L'ACTE ADDITIONNEL · texte numérisé non relu

L'ACTE ADDITIONNEL

principes, à publier une déclaration qui servirait plus tard de base à un travail complet.

Quand on passa à l'examen des chapitres, il en est un qui trouva de sa pari beaucoup de résistance : c'est celui de la pairie héréditaire. Napoléon lui-même, diton, s'en montrait médiocrement partisan, et l'on cite des paroles plaisantes qu'il aurait prononcées à cette occasion : « D'ici à trente ans, mes champignons de pairs ne seront que des soldats et des chambellans ; on ne verra en eux qu'un camp ou une antichambre. » Benjamin Constant plaidait pour l'opinion contraire : imbu des doctrines anglaises, il voulait donner un contrepoids permanent au pouvoir exécutif; il cherchait partout des barrières, c'est lui qui nous l'apprend. Et cette fois Napoléon à son tour céda. Comme c'était peu sa coutume, il faut croire que les barrières et les contrepoids de Benjamin Constant ne lui semblaient pas bien menaçants pour son autorité.

Lucien Bonaparte, qui prétend faire connaître la vérité sur les Cent-Jours, raconte la chose autrement. 11 attribue à son frère la pensée d'un patriciat, destiné, sous ses successeurs, à tenir la balance entre le pouvoir monarchique et le pouvoir électif. Si Lucien dit vrai, c'est Napoléon, plus que Benjamin Constant, qu'il faut accuser d'avoir méconnu la tendance des esprits et notre caractère national.

Ces divers systèmes supposent toujours un fractionnement du Corps législatif. Carnot, dans les débats sur la Constitution de l'an III, s'était prononcé pour son unité, et ses opinions n'avaient pas changé. 11 attribuait aux députes seuls le vote des lois, réservant aux sénateurs une autre mission.

Le Sénat, dans sa pensée, devait se recruter parmi les

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hommes les plus notables de l'administration , de la magistrature, de l'armée, des assemblées politiques, de la science et de l'industrie. Ce corps de personnages consulaires, indépendant par son mode de formation et parla position de ses membres, ceux-ci étant placés en dehors de tout autre service public et au-dessus de toute autre dignité, était un centre moral qu'il voulait créer pour la nation. Le Sénat aurait exercé les fonctions d'un tribunal suprême de censure, veillant au respect de la constitution, au maintien et à l'exécution des lois; il aurait eu le droit de réprimander et d'envoyer devant leurs juges les serviteurs de l'État fautifs ou coupables, comme aussi de protéger ceux que l'injustice eût frappés.

L'idée d'une autorité censoriale s'est présentée, pendant la Révolution, à l'esprit de plusieurs républicains (Lanthénas, Picqué des Hautes-Alpes, etc.); Sieyès, et, après lui, Robespierre, voulurent investir. un haut jury national de la protection des citoyens contre l'oppression des pouvoirs constitués. Mais nulle part cette idée n'avait pris un caractère de réalité pratique comme dans le plan de Carnot.

Convaincu que les assemblées délibérantes perdent un temps précieux en faisant les lois pièce à pièce, au milieu de débats improvisés ; convaincu qu'il ne peut sortir d'un pareil laboratoire que des œuvres décousues ou prématurées, Carnot avait essayé de corriger ces défauts : il laissait une libre carrière à la discussion publique des principes ; mais il voulait que la rédaction des projets fut préparée dans des commissions peu nombreuses, où seraient admis, à titre consultatif, les représentants qui le demanderaient; que ces projets, définitivement libellés, fussent communiqués, avec

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