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REFROIDISSEMENT DES ESPRITS

pondit Carnot, ne sont point de nature à changer mes opinions1. »

Enfin, dans son Exposé de la situation de l'Empire, destiné à la Chambre des représentants, et dont nous parlerons plus tard, Carnot prit sur lui de laisser entrevoir une réformation prochaine du nouveau statut politique : « Le désir de satisfaire aux justes impatiences de la nation a laissé trop peu de temps pour la parfaite rédaction de l'acte constitutionnel, qui d'ailleurs consacre les principes et les droits les plus sacrés des citoyens. Vos lumières, messieurs, feront connaître les améliorations dont sa forme est susceptible. »

L'Acte additionnel, outre ses défauts, fut soumis à un mode d'acceptation complètement dérisoire; et, comme si l'on eût voulu que personne ne se méprît làdessus, on le mit en exercice avant cette acceptation. C'était lui donner le caractère insultant d'une charte octroyée : l'empereur tuait l'empire.

Les élections s'accomplirent sans entrain. Excepté à Paris, centre de fermentation intellectuelle, et dans les déparlements de l'Est, ,où le patriotisme était tenu en haleine par la menace de l'étranger, à peine se dérangea-t-on. Beaucoup d'électeurs, disposés à se rendre à l'assemblée du Champ-de-Mai, quand ils s'étaient crus appelés à une grande mission, se montrèrent peu

* Platon soutenant que le prince ne devait avoir pour but que l'avantage du peuple, Denjs lui dit que ses discours sontoient son vieux rcsveur. « Et les tiens, dit-il, son tyran. »

jaloux de faire le voyage de Paris pour porter des registres de votes.

Cependant leur présence dans la capitale pouvait encore donner lieu à un congrès populaire qui rappellerait la grande fédération. Cette idée fut saisie par Carnot avec empressement : il y voyait une occasion de faire proclamer solennellement les droits de la nation. Nous possédons, minuté de sa main, un plan de fête où cette intention se révèle : il y assigne la première place au corps électoral et à la garde civique. Le grand maître des cérémonies (M. de Ségur), auquel l'étiquette attribuait la rédaction de ces sortes de programmes, usa de son privilège dans un esprit différent.

Napoléon, au lieu de se présenter à la France comme un général armé pour la défendre, voulut trôner comme empereur. Une pompe théâtrale rendit la cérémonie assez ridicule; toutefois l'enthousiasme n'y fit pas défaut : la- distribution des drapeaux surtout fut saluée par d'immenses acclamations. Mon père portait l'aigle de la garde nationale, Davoust celle de l'armée, Decrès celle de la marine.

Les tendances de l'opinion se manifestèrent dans le résultat des scrutins électoraux, qui amenèrent sur la scène politique beaucoup de noms écartés par l'Empire et par la Restauration. On vit figurer sur les bancs législatifs plusieurs membres de nos assemblées révolutionnaires et plusieurs victimes du despotisme impérial, d'anciens sénateurs qui avaient voté la déchéance de Napoléon, d'anciens députés qui s'étaient fait remarquer dans la petite opposition de 1815 : BigonncL l'un des membres du conseil des Cinq Cents qui avaient le plus énergiquement résisté au 18 brumaire, Duchesne, le fils du tribun qui s'était prononcé, avecCarnot, con-

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