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NAPOLÉON ET LES REPRÉSENTANTS

tre le Consulat à vie. La Chambre des représentants était pleine de patriotisme, mais pleine aussi de défiance à l'égard de Napoléon ; elle en donna la preuve dès le premier jour.

Napoléon désirait que son frère Lucien présidât rassemblée. Idée malheureuse : dans un moment où luimême était soupçonné de supporter avec impatience les libertés constitutionnelles, pourquoi faire songer au 18 brumaire? Aussi, quoique Lucien parût alors animé de l>ons sentiments, sa candidature échoua. Lanjuinais, Flaugergucs et Lafayette se partagèrent les suffrages ; trois noms qui devaient, à divers titres, déplaire à l'Empereur.

Au second tour de scrutin, Lanjuinais eut la majorité, Lanjuinais, l'un des rédacteurs de l'acte de déchéance. Napoléon montra beaucoup de mauvaise humeur ; il voulait refuser sa sanction à ce choix ; la Constitution lui en donnait le droit. Carnoleut avec lui une explication assez vive : «Qu'allez-vous faire? s'écria le ministre; la popularité de Lanjuinais se fonde sur une renommée de courage et de vertu ; un pareil refus compromettra la vôtre gravement. »

Carnot avait appris d'autre part que Lanjuinais hésitait à accepter le fauteuil. Lanjuinais se plaignait des procédés de l'Empereur à son égard. 11 alléguait aussi que, s'étant prononcé en faveur de la Restauration, on pourrait l'accuser de versatilité. Carnot, par des représentations, triompha de la résistance de son ancien collègue.

L'Empereur fit à Lanjuinais un accueil caressant, et prononça, à l'ouverture des Chambres, un discours qui lui concilia jusqu'à l'approbation de Lafayette. Il y parlait exclusivement de son rôle militaire : « l'armée et

moi, disait-il, nous ferons notre devoir. » Puis il insistait sur la nécessité de s'unir pour la cause sainte de la patrie. Ces mots lui avaient déjà réussi dans une proclamation de Gap. En les prononçant, sa voix devint vibrante, son geste accentué ; il conquit l'enthousiasme d'une assemblée mal prévenue. La joie éclata surtout quand il dit : « Aujourd'hui commence la monarchie constitutionnelle. »

Il est permis de croire que les conseils de Carnot ne furent point sans influence sur ce langage et sur les paroles par lesquelles, au Champ de Mai, Napoléon promit solennellement de remplacer Y Acte additionnel par une constitution définitive.

« A force de soins, de persistance et de courage, dit Benjamin Constant, quelques hommes parvinrent à dominer le caractère le plus inflexible et les dispositions les plus despotiques1 ».

Tous les rapports de Napoléon avec l'opinion démocratique à cette époque trahissent un certain embarras, mélangé du désir de gagner des auxiliaires indispensables. Il eût trouvé dans les hommes de l'ancien régime des instruments plus dociles; mais le sentiment public ne lui permettait pas de se livrer à sa prédilection pour eux. 11 s'en consolait en disant : « Je les aurai bien quand je serai le plus fort. » Jugement qui fait singulièrement honneur au parti contraire.

Napoléon se préoccupait beaucoup de ce qui s'était passé aux Tuileries pendant le séjour des Bourbons:

1 Lettres sur les Cent Jours.

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