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POLITIQUE DE CARNOT

l'État, voulait à la fois donner au pays des défenseurs assurés et constituer fortement l'opinion libérale, de manière qu elle pût contenir les excentricités despotiques de Napoléon. Cette tendance est manifeste dans les candidatures qu'il proposa pour la Chambre des pairs, chacun des ministres ayant été invité à donner confidentiellement sa listeà l'Empereur. Celle de Carnot contient des noms que Napoléon n'eût pas inscrits spontanément sur la sienne et d'autres qu'il refusa d'y inscrire. Parmi ces noms, nous relevons ceux de La* fayette, Grégoire, Lan j ni nais, Lambrecht9, l'amiral Truguet, Mathieu Dumas, Marescot, Adet, de Lapparent, Carat, Letourneur, Larochefoucauld-Liancourt.

Il ne cherchait pas davantage à plaire au maître dans les nominations dépendantes de son ministère : Raynouard, membre de la fameuse Commission législative de 1815, que les Bourbons avaient retrouvé l'année suivante dans les rangs de l'opposition constitutionnelle, fut son candidat à la grande maîtrise de l'Université ; et l'historien de l'Italie, Charles Botta, qui, député de la Doire, s'était montré le vif adversaire du despotisme impérial, fut nommé recteur de l'académie de Nancy. On vit reparaître dans les préfectures un assez grand nombre de conventionnels : Cavaignac, Jean de Bry, Ramel, Chazal, etc.

Élevé plus que jamais au-dessus de l'esprit de coterie, et plein de la pensée d'une grande réconciliation entre les hommes qui avaient honorablement servi la Révolution sous des drapeaux divers, Carnot se montrait également disposé à oublier les erreurs des autres -et à réparer celles que lui-même croyait avoir commises.

Pendant sa première mission à l'armée du Nord, en 1793, il avait éprouvé des contradictions irritantes de

la part d'un employé de l'administration du Pas-de- Calais, nommé Toulotte. Quelques années après, au Directoire, Caruot trouve ce nom sur les listes de Babeuf : il fait envoyer Toulotte, avec les autres prévenus, devant la Haute cour de Vendôme, où Toulotte est acquitté, ayant prouvé son innocence. — Bien que les charges eussent paru suffisantes pour motiver une accusation, Carnot, en voyant cet acquittement, craignit d'avoir été influencé par ses anciens griefs, et, plus tard, pendant les Cent Jours, ce même nom de Toulotte étant revenu sous ses yeux, il ne se rappella cette fois le passé que pour s'adresser un reproche : il lit rechercher Toulotte, l'accueillit avec bienveillance et le nomma souspréfet dans le département du Haut-Rhin1.

* Cette anecdote, e,t plusieurs de celles que nous avons déjà rapportées, sont puisées dans les documents que l'historien de Hoche, M. Roussclin de Saint- Albin, avait rassemblés pour écrire la biographie de Carnot, et que son fds, aujourd'hui conseiller a la Cour de Paris , a bien voulu mettre à notre disposition. Ces précieux matériaux attestent avec quel soin l'auteur voulait procéder à son œuvre ; ils sont abondants surtout en renseignements sur les Cent Jours, parce qu'à cette époque M. de Saint-Albin fut attaché au ministère de l'intérieur en qualité de secrétaire pour 1 instruction publique. Ses relations d'alors avec le ministre le montrent fort ennemi du système impérial, fort zélé pour les principes libéraux et plein d'indépendance de caractère.

Voici comment il peint lui-même ces relations : « Quand H. Carnot m'appela près de lui comme un de ses secrétaires, il s'exprima ainsi : Vous me direz chaque matin la vérité et toutes les vérités. »

Et voici de quelle manière celle mission était remplie, dans une chronique à peu près quotidienne :

« Un étranger, qui a vu le ministre de l'intérieur lundi dernier à l'Institut, disait : Les affaires vont mal en politique; Carnot nesl pas con~ lent ; il retourne à la géométrie. — L'opinion générale est que 11. Carnot ne supportera pas longtemps le rôle qu'il s'est donné : le bruit court qu'il a déjà eu des discussions avec Napoléon. Celui-ci l'a nommé par contrainte. Aujourd'hui, dit-on, l'Empereur est en coquetterie avec son ministre, mais 1/ le presse comme un citron. — Si des garanties positives ne sont point données avant la guerre, elle ne sera point populaire. Malgré

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