RESPECT DES CORRESPONDANCES
nationaux. Cette conduite avait frappé Carnot : il s'efforça d'améliorer la situation des desservants les plus besoigneux, afin de les préserver de mauvaises tentations; et, par contre, il s'occupa de soustraire le clergé national à la domination ultramontaine, en introduisant dans son sein le principe de l'élection. Il avait demandé à Daunou un mémoire sur ce sujet, et le savant auteur de Y Essai sur la puissance temporelle des Papes ne fit pas attendre la première ébauche de son travail.
Un honorable Anglais, M. Benjamin Shaw, écrivit à Carnot pour le féliciter sur son plan d'éducation primaire, et pour l'inviter à fonder en France, comme complément, une Société de la Bible. Carnot éloigna celte idée : « Dans un pays, dit-il, où une religion particulière est associée, comme en Angleterre, aux éléments de l'organisation sociale, il peut être important et il est permis de propager par les écoles publiques le livre qui renferme les dogmes de cette religion. Mais en est-il de môme dans un pays où l'égalité des cultes est une loi fondamentale? Toutes les religions y doivent être protégées, sans que le gouvernement ait le droit d'en favoriser aucune à l'exclusion des autres. »
Le respect des correspondances privées est un des traits qui caractérisent les gouvernements honnêtes.
On sait que Louis XIV et Louis XV, le dernier dans l'intérêt d'une ignoble curiosité, se faisaient livrer par la poste les mystères les plus intimes des familles. Louis XVI avait conservé cette honteuse habitude, contre laquelle deux de ses minisires, Malesherbes et
Turgot, l'obligèrent un jour de protester par sa royale signature1.
On peut juger de l'abus qui régnait sous la monarchie par l'insistance avec laquelle, en 1789, les trois ordres, chacun dans ses cahiers particuliers, réclamèrent l'inviolabilité des correspondances, et par l'éclat que fit la discussion de l'Assemblée constituante sur ce sujet. Fidèle au principe qu'elle avait posé, cette assemblée, pendant les embarras que suscitait l'évasion de la famille royale, refusa de prendre connaissance d'une lettre trouvée par le peuple dans les appartements de la reine.
Napoléon, retournant aux us de l'ancien régime, ne s'abstenait point de rendre la poste complice de ses indiscrétions ; il se faisait faire des copies des lettres décachetées; mais, aussitôt lues, il les brûlait, comme s'il eût rougi de sa mauvaise action.
Ne semble-t-il pas que Carnot, dans la circulaire que nous allons citer, n'ait pas eu seulement pour objet d'empêcher les abus de confiance commandés par la police; mais que, à l'exemple des ministres de Louis XVI, il ait voulu donner une leçon indirecte à l'Empereur lui-même?
• Paris, le 8 mai 1815.
« Je suis informé, monsieur le préfet, que, dans plusieurs parties de l'Empire, le secret des correspondances a été violé par des agents de l'administration. Qui peut avoir autorisé de pareilles mesures? Leurs auteurs di-
• Ils firent rendre au Conseil un arrèl qui blâmait un tribunal pour avoir admis en justice des preuves tirées de lettres interceptées, et le roi «lut signer l'arrêt.