‹ Mémoires sur CarnotChapitre 179 sur 235 · CONSEIL DE L'INDUSTRIE · texte numérisé non relu

CONSEIL DE L'INDUSTRIE

ront-ils qu'ils ont voulu servir le gouvernement et chercher sa pensée? Porter de pareils procédés dans l'administration, ce n'est point servir l'Empereur : c'est calomnier Sa Majesté. Elle ne demande point, elle rejette les hommages d'un dévouement désavoué par les lois. Or les lois ne se sont-elles pas accordées, depuis 4789, à prononcer que le secret des lettres est inviolable? Tous nos malheurs, aux diverses époques de la Révolution, sont venus de la violation des principes ; il est temps d'y rentrer. Vous voudrez donc bien, monsieur le préfet, faire poursuivre, d'après toute la rigueur des lois, ces infractions d'un des droits les plus sacrés de l'homme en société. La pensée d'un citoyen français doit éMre libre comme sa personne. »

Le 40 avril 4815, Carnot adressa la lettre suivante à MM. Monge, Berthollet, Chaptal, Dartigues, Bosc, Tessicr, Haynouard, Dufourny, Yisconti, Huzard, Yvart, Benj. Delessert, d'Àrcet, Larochefoucauld-Liancourt, Ternaux, Gros Davillicrs :

« Monsieur, mon intention est de former près de moi un Conseil bénévole pour le progrès de l'industrie et t pour l'amélioration des établissements de bienfaisance ; je vous prie d'être l'un des membres de ce Conseil, ayant à cœur de profiter des lumières et des sentimenls de patriotisme qui vous ont acquis une honorable réputation. Les conférences auront lieu le jeudi de chaque semaine, de huit heures du soir à dix heures. »

Voici les sciences mathématiques et physiques, les sciences morales et les lettres, l'industrie et l'agricul-

lure associées pour une œuvre de philanthropie. Quelques-uns des noms qui figurent dans cette liste avaient une signification particulière et toute nouvelle : bientôt va commencer le rôle d'une génération d'honorables industriels, dont M. Lafitte sera la personnification; gagneurs d'argent qui ambitionneront surtout la gloire de diriger le progrès pacifique. Ces hommes vont remplacer, pendant une période de notre histoire contemporaine, les ducs traîneurs de sabre et les chambellans galonnés ; ils arriveront, par le libre choix de leurs concitoyens, aux positions les plus influentes de l'État.

Personne ne manqua au rendez-vous donné par le ministre, et le Conseil d'industrie et de bienfaisance fut institué. Carnot voulut remplir lui-même l'office de secrétaire pour la rédaction du premier procès-verbal. Le programme des travaux de ce Conseil, écrit par Chaptal, embrassait les objets les plus importants de l'économie sociale et de l'assistance publique; on peut se convaincre, en le lisant, que plusieurs des questions qui nous préoccupent aujourd'hui avaient dès lors fixé l'attention* : juridiction des prud'hommes, — police entre les chefs et les ouvriers, — avantages et inconvénients des corporations, règlements à leur substituer, régularisation de l'apprentissage et du compagnonnage, — sociétés de prévoyance et d'assurance mutuelle, — éta-

I Nous avons négligé de parler en son lieu d'un établissement auquel s'intéressa Carnot, et dont la création, bien que son existence ait été f i réphémère, vient à l'appui de ce que nous disons ici sur la date de certaines

idées.

II s'agit de la Banque d'intervention, fondée en l'an II, je crois, par le citoyen Farcot, sous le patronage des hommes les plus importants, et auprès de laquelle fut formé un Conseil de bien publie, composé de Grégoire. Carnot, Monge, Lanjuinais, Dupont de Nemours. Thouin, Ameilhon, V311quelin, Montgolfier, Molard, etc.

C'était une banque de dépôt et d'échange, établie sans numéraire, sur

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