‹ Mémoires sur CarnotChapitre 181 sur 235 · LA FEUILLE VILLAGEOISE · texte numérisé non relu

LA FEUILLE VILLAGEOISE

Caroot dans Y Exposé de la situation de l'Empire, appelait la propriété commerciale et industrielle à être nommément représentée au Corps législatif.

Dans le sein du Conseil de bienfaisance naquit une pensée qui se rattachait à l'enlreprise, poursuivie par le ministre, de régénérer l'esprit national par l'instruction populaire : c'est celle d'un journal de lecture pour les campagnes.

Cette pensée n'était pas à sa première édition :

« Dès 1787, raconte Cadet de Vaux, j'avais conçu le plan d'une Gazette du peuple. Je le soumis à l'auteur du Bonhomme Richard, qui se trouvait à Paris. Franklin secoua la tète, sourit, prit la plume, et, au lieu de Gazette du peuple, il écrivit Journal des Campagnes. « La seule classe du peuple susceptible d'instruction, « me dit-il, c'est le propriétaire rural, si ignorant en « France, si instruit dans les Etats-Unis. »

Le projet de Franklin fut repris en 1815 : . Le Dimanche, ou la Feuille villageoise, revue hebdomadaire des progrès de la législation, de l'éducation et de l'instruction, de la morale, de l'industrie et des arts, publiée sous les auspices du ministre de l'intérieur. Avec cette épigraphe : Plus les hommes sont éclaires, plus Us sont soumis aux lois.

Ce titre de Feuille villageoise rappelait une excellente publication rédigée par Condorcet, Ginguené, Cerutti et Habaud Saint-Etienne, pendant la Révolution. Celleci devait l'être par Huzard (de l'Institut) , et Jullien, le futur fondateur de la Revue encyclopédique. Carnot s'y intéressa assez vivement pour permettre aux éditeurs de la placer sous son patronage et pour la faire adresser aux maires des communes, en les invitant à la tenir chez eux a la disposition de tous les citoyens;

Elle dura trop peu de temps pour prendre un caractère; un seul point y est assez clairement indiqué, et, comme il le fut probablement sous l'inspiration de Carnot, nous devons à ce titre le relever.

La première Feuille villageoise avait vu le jour en 1790, à l'époque de la grande fédération.

La seconde se fondait dans les mêmes vues : Chercher les vrais éléments de la force nationale dans le patriotisme des classes les plus nombreuses et les plus utiles à la société.

Sa tendance se manifesta tout d'abord par un article sur les fédérations de la France. En présence de la coalition des rois, on y invite les habitants de nos provinces à se coaliser aussi pour défendre la patrie. On y repousse toute assimilation avec le fédéralisme de 1703, qui fut le ralliement d'un parti et le signal d'une guerre civile.

La pensée nouvelle est de grouper par grandes familles des hommes appartenant à la même nation, soumis aux mêmes lois, ayant les mêmes intérêts. Dans de telles conditions, les associations partielles servent l'unité : chacune, en protégeant son foyer domestique, protège le foyer national. La Bretagne, dont les états provinciaux avaient donné en 1788 le signal de la résistance à l'oppression intérieure, donna en 1815 celui de la résistance à l'invasion étrangère : cet honneur lui revenait. Le 24 avril, la première union fédéralive se constitua à Rennes, et la Fédération bretonne enfanta bientôt par son exemple les fédérations angevine, bour-

Page 1