ORGANISATION DES GARDES NATIONALES
n'est autre chose que la nation elle-même, » avait-il dit dans un rapport du 51 mars. Et, dans une circulaire du 12 avril : a Je m'empresse, monsieur le préfet, de vous adresser le décret rendu par Sa Majesté le 10 de ce mois, pour l'organisation de la Garde nationale dans tous les départements de l'Empire. Cette mesure, confiée à votre zèle et à votre patriotisme, est, à ce dernier terme de la Révolution française, aujourd'hui comme aux premiers temps, le gage le plus sûr de nos libertés, la garantie la plus efficace de notre indépendance au dehors et de notre sécurité au dedans.
« L'Empereur ne pouvait mieux éclairer l'Europe sur la véritable situation, l'opinion et les volontés du peuple français, qu'en le rappelant au sentiment de ses propres forces par leur déploiement le plus étendu. Toutes les garanties se trouvent dans cette grande mesure de défensive nationale, celle de nos droits politiques et de nos lois fondamentales, comme aussi celle de la paix, qui ne saurait être troublée lorsque la partie la plus vigoureuse de la population, plus de deux millions d'hommes, la plupart aguerris, sont armés, non plus en masse et tumultueusement, mais d'après des bases régulières, et destinés uniquement à défendre l'intégrité du territoire français. »
Garnot disait encore dans son Exposé de la situation de l'Empire : « La première formation de la Garde nationale, au mois de juillet 1789, décida le triomphe de la cause des peuples. Ses bataillons apportèrent dans nos armées, non-seulement la puissance numérique, devant laquelle durent s'arrêter les efforts présomptueux de la Coalition, mais encore tous les sentiments généreux qu'enfante l'amour de la gloire lorsqu'il s'exalte par l'amour de la patrie. C'est cette force morale qui
renversa lous les obstacles, et qui porta si haut le renom de nos armes. »
Le ministre donna d'abord tous ses soins aux gardes nationales du nord et de l'est, pour qu'elles fussent en état de faire le service des places fortes, en laissant disponibles au besoin toutes les troupes de ligne. Une prime fut offerte à qui se présenterait équipé, ou du moins muni d'une arme de calibre. Tous avaient droit à la solde ordinaire des troupes, s'ils étaient mis en service actif.
Quant aux officiers, le ministre recommandait de les choisir « parmi les hommes dont les diverses crises de la Révolution n'ont fait qu'affermir et mettre en évidence le patriotisme. » — «Il se trouve dans tous les arrondissements, ajoutait-il, quelques-uns de ces citoyens distingués par une moralité éprouvée, un zèle constant pour les intérêts du peuple, par une fidélité inébranlable aux principes de la vraie liberté et un dévouement sincère au gouvernement légal ; ils ont su, dans tous les temps, se concilier. la conûancc de leurs concitoyens et fonder ainsi leurs droits à celle du gouvernement. »
Une pensée qui a laissé des traces dans les notes de Carnot, mais que les préoccupations toutes militaires de l'Empereur empêchèrent de prévaloir, consistait à modeler l'organisation de la garde civique sur les circonscriptions du territoire, afin de lui conserver un caractère local et municipal : ia compagnie répondant à la commune, la cohorte au canton, le bataillon à l'arrondissement, la légion au département. C'était la mise en pratique du principe qui domine dans son rapport :
« La Garde nationale est, par son institution, nécessairement sédentaire. Son service est dépendant de son intérêt immédiat, et ce service ne peut se prolonger