ARRIVÉE DES NOUVELLES DE WATERLOO
phatique dépêche d'Avesnes : « Dix mille gardes nationaux pour escorter les prisonniers. »
Je ne parlerai pas des événements militaires; ils sont étrangers à mon sujet. Un mot seulement : Carnot n'admettait point, comme Napoléon cherche à le démontrer, que celui-ci eût tout prévu, tout calculé pour le succès, et que le hasard seul et les erreurs de ses lieutenants lui aient fait perdre une victoire assurée. Je l'ai entendu répéter maintes fois : « Celte malheureuse campagne a été une série de fautes indignes du génie de Napoléon ; je ne voudrais m'appuyer pour le prouver que sur la relation môme du général Gourgaud, écrite sous la dictée du maître et dans Tunique intérêt de sa gloire 1 . »
Carnot apprit le désastre de Waterloo au moment où il présidait la Commission d'enseignement mutuel, instituée au ministère de l'intérieur. MM. Degérando et Jomard m'ont si souvent raconté cette scène que j'ai le droit d'en mettre le récit dans leur bouche :
« Nous étions réunis chez le ministre ; on faisait un rapport sur les tableaux de lecture, lorsque M. de Laborde, un de nos collègues, qui, retenu par son service dans la Garde nationale, n'assistait point à la séance, entra tout à coup en uniforme, dit à la hâte quelques mots à l'oreille du président, et se relira. Le ministre, impassible, laisse terminer la lecture du rapport; puis, cédant le fauteuil au vice-président, il sortit à son tour. Après une absence de trois quarts d'heure, nous le vîmes rentrer et reprendre avec calme la direction de la séance; il se (il rendre compte de 1 état de la discussion, il y prit part et nous congédia à l'heure ordinaire. Aucune émotion n'avait
1 « L'Empereur Napoléon a d.iigné me faire connaître son opinion sur 1rs principales opérations de la campagne de 1815, » dit Gourgaud, on commençant son écrit.
paru sur son visage et n'avait altéré sa présence d'esprit. Il venait cependant des Tuileries, où le roi Joseph lui avait communiqué les dépêches de l'armée. Tout était perdu ; Carnot se trouvait personnellement à la veille de tout perdre; et il causait paisiblement avec nous d'instruction primaire et d'écoles. »
Napoléon, en partant pour l'armée, avait confié l'intérim du gouvernement à un Conseil composé des ministres et présidé par son frère ainé. Lucien aussi en faisait partie. Celui-ci nous apprend que ce Conseil fut tellement frappé de la faute que commettait l'Empereur en quittant ses soldats, qu'il expédia un courrier audevant de lui pour changer sa résolution, et le faire retourner sur ses pas.
Mais Napoléon ne savait point supporter une défaite ; le vide qui se faisait autour de lui l'épouvanta. Il entra de nuit dans Paris; il était moralement et physiquement écrasé, s'en prenant à tout le monde de la perte de la bataille, accusant Ney, accusant Grouchy , accusant d'Erlon, la tête égarée, flottant de projets en projets, faisant de son désastre un tableau plus effrayant encore que la réalité.
Carnot s'empressa d'accourir, et son premier mot à l'Empereur fut : « Ne restez pas une heure ici ; repartez sur-le-champ ; allez vous remettre à la tête de votre armée. »
« Je n'ai plus d'armée ! » Après ces seules paroles, Napoléon laissa tomber son front sur sa main. Ce sont les mêmes qu'il avait dites à Caulaincourt en descendant de voiture.
Et dans ce même moment Wellington disait : « Il y u encore trois batailles entre nous et Paris. »
Le Conseil fut rassemblé.