CONSPIRATION ROYALISTE
ouvertures eu faveur des Bourbons. Malo était loul simplement un militaire attaché à ses devoirs. Il raconta la chose à un représentant de sa connaissance, qui le mena chez Carnot, et lui fit répéter sa déclaration. Carnot en informa le ministre de ia police, et prit avec lui les mesures nécessaires pour l'arrestation des principaux coupables.
C'étaient l'abbé Brolier, neveu du commentateur de Tacite, un ancien maître des requêtes nommé Berthelol de Lavilleurnoy, et Duverne de Presle, ex-officier de marine, émigré. Ce dernier, caché d'abord sous le pseudonyme de Dunan, finit par révéler toute I organisation des agences royalistes et leurs moyens de correspondance avec l'étranger. Leur mission avouée était bien le renversement de la Constitution, mais par elle-même, c'est-à-dire par des élections contre-révolutionnaires; à moins pourtant qu'une occasion ne se présentât pour culbuter le gouvernement, occasion dont les agents royalistes en France devaient se rendre juges. Ils avaient apparemment trouvé l'occasion favorable.
Cependant la réaction gagnait alors tant de terrain, que 1rs tribunaux, obsédés, menacés, n'osaient condamner les royalistes. Un procès pour conspiration se serait probablement terminé par quelque scandaleux acquittement; les accusés furent traduits |)our embauchage devant un conseil de guerre qui les condamna à mort; mais leur peine fut commuée par le tribunal luimême en simple réclusion.
« De ce que j'avais frappé Duverne et Babeuf, » dit Carnot, « on aurait pu conclure, peut-être, que j'étais également ennemi du royalisme ,el de l'anarchie. Mais on en a juge plus savamment : de ce que j'ai frappé Duverne, on a conclu que j'avais été complice de Ba-
beul ; de ce que j'avais frappé Babeuf, on a conclu que j'étais complice de Duverne. »
C'est qu'en effet Carnol voulait défendre la Constitution aussi bien d'un retour au royalisme que d'une cbute dans l'anarchie : il voulait le maintien de la Itépubliquc l.
détournons aux frontières, où Ton combat d'autres ennemis.
Le 1er floréal an IV, le Directoire adressait ces paroles aux soldais français :
« Défenseurs de la patrie,
« Le moment approche de reprendre vos armes victorieuses; le moment approche de vous arracher à un repos auquel vous ne vous êtes livrés que dans l'espoir qu il amènerait une paix honorable. Mais tant de flots de sang n'ont pas encore satisfait la rage de nos ennemis. Ils s'imaginent que nous allons leur demander en lâches une paix que nous avons offerte en généreux adversaires. Qu'ils conçoivent ces indignes pensées, nous ne nous en étonnerons pas : ils n'ont jamais combattu pour la liberté. Mais ce qu'ils ne peuvent ignorer, c'est que les braves armées avec lesquelles ils veulent encore
1 II y ;i quelques années, j'eus l'occasion «le r.iclieler un cachet He mon père, qui avait été volé dans son cabinet du Luxembourg, on même temps que beaucoup d'autres objet», à la faveur des troubles de fructidor. Ce Cachet porto comme rmblème un ml de justice ouvert sur un bouclier, mec cette devise : envers et contre tous. Il ne fut certainement pas commandé par Carnol. qui n'avait pas l'habitude d'afficher ainsi ses pensées; mais je suppose qu'un de ses nu is, les ayant devinées, lui fit ce cadeau caractéristique.
PLAN DE LA CAMPAGNE DE i7îllj. M
se mesurer sont Jes mêmes qui les oui tant de fois vaincus. »
Quant à la pensée |K»Iitique du Directoire, il faut la chercher dans ces expressions de la lettre de Carnot à Schérer : « Accabler l'empereur, affranchir l'Italie. » L'audace du plan de campagne y répondit : il n'y a qu'une voix dans l'histoire pour en proclamer la grandeur. Les écrivains étrangers, même les plus hostiles à la France (Walter Scott, par exemple), en parlent avec enthousiasme. « Jamais dessein ne fut plus colossal dans sa conception, » dit l'historien allemand Posselt; «jamais aucun ne fut conduit plus heureusement dans son exécution. » L'empire d'Autriche, cette forteresse de l'ancien régime, devait être assailli à la fois par l'Allemagne et par la Lombardie; trois grandes armées n'en formant qu'une seule, ayant pour aile droite l'armée d'Italie, pour aile gauche celle de Sambrc-et- Meuse, pour centre celle du llhin, allaient marcher simultanément vers un même but, Vienne, la capitale de la coalition. La guerre allait se déployer sur un immense théâtre, de Cologne à Gênes, ou plutôt delà Hollande jusqu'à Home; grâce à l'obstination de l'ennemi, la paix ne pouvait plus être que le prix de la conquête.
Les moyens matériels nous manquaient ; mais nos volontaires étaient devenus d'excellents soldats, joignant la pratique du champ de bataille à l'élan du patriotisme; nos généraux avaient acquis la science et I expérience sans vieillir : c'étaient Moreau, Hoche, Jourdan, Bonaparte, Kléber, Masséna, Championne!, Lecourbe, Desaix, Laharpe, Macdonald. A de pareilles armées et à de pareils chefs, on pouvait demander des prodiges.
L'armistice accordé aux ennemis sur le Rhin, en frimaire an IV, ayant été rompu par eux dans les premiers
jours de prairial, une proclamation du Directoire aux armées de Sambre-et-Meuse, de II hin-et -Moselle et du Nord, annonça la reprise des hostilités. « Imitez vos Frères d'Italie, » disait-elle à ces soldais.
La campagne, en effet, s'était déjà ouverte en Italie avec un plein succès : Bonaparte, acceptant résolument la tâche devant laquelle Schérer venait de reculer, avait consacré quelques jours à régler avec Carnot ses opérations. Puis, suivant l'itinéraire tracé dans la grande lettre que connaissent nos lecteurs, il avait pénétré rapidement entre ses deux adversaires, séparé les Piémontais des Autrichiens, et entraîné les premiers contre les seconds. C'est le programme de cette lettre : « L'armée piémontaisc, séparée de l'armée impériale, marche avec vous à la conquête du Milanais. »
Tout ce qui manque à Schérer de vigueur et d'activité, Bonaparte le possède : par une extrême confiance en lui-même, il gagne celle des soldats, il leur inspire son assurance, et dès les premiers pas il leur fait trouver les ressources que son prédécesseur demandait au gouvernement de Paris, « L'abondance est derrière une porte que vous devez enfoncer, » avait écrit Carnot au général ; et Bonaparte répète à son armée : « Voici les champs de la fertile Italie; l'abondance est devant vous, sachez la conquérir. Sachez vaincre, et la victoire vous fournira demain ce qui vous manque aujourd hui. »
Quelle que soit 1 ardeur du jeune général, Carnot ne cesse de la stimuler. Après ses premières victoires, il lui écrit : « Recevez mes félicitations sur les brillantes journées de Montenotte et de Millesimo. La France, l'Europe entière ont les yeux sur vous ; vos triomphes sont ceux de la liberté, et sans doute vous ne remplirez pas à demi la tâche glorieuse qui vous est imposée. »