‹ Mémoires sur CarnotChapitre 20 sur 235 · TKA1TÊ AVEC LK PIÉMONT · texte numérisé non relu

TKA1TÊ AVEC LK PIÉMONT

El un peu plus tard :

« Attaquez Rcaulicu avant que des renforts puissent le rejoindre; ne négligez rien pour empêcher eette réunion; il ne faut jias s'affaiblir devant lui, et surtout ne pas lui donner, par un morcellement désastreux, les moyens de nous battre en détail et de reprendre le terrain perdu. » — « Agissez avec la rapidité de l'éclair. » — « Marchez. Point de repos funeste. » — « Frappez, et frappez vivement. »

Le roi de Sardaigne, isolé, est bientôt réduit à demander la paix. On lui accorde provisoirement une suspension d'armes, qui met entre nos mains trois de ses plus importantes forteresses : Coni, Tortone et Alexandrie, et nous ouvre toutes les routes du Piémont pour aller chercher les Autrichiens en Lombardie. « C'est une aile de l'armée ennemie qui accorde une suspension d'armes pour me donner le temps de battre l'autre, » écrit Bonaparte au Directoire.

Et le même jour, à Carnot, dans une lettre particulière : « Cette suspension d'armes me permet de communiquer par Turin, c'est-à-dire d épargner la moitié de la roule; je pourrai donc recevoir promplement vos ordres et connaître vos intentions pour la direction à donner à 1 armée. »

Le guerrier se fait diplomate. Bonaparte, s'inspirant des conseils donnés à Schérer, sait exciter habilement la convoitise de la cour de Turin, eu lui montrant une perspective d agrandissement. Bientôt un traité, dont nous dicterons les conditions, va raver le roi de Surdaigne du nombre de nos adversaires.

Ce résultat ne sera pas obtenu sans diflicultés : Bonaparte dans son armée, et Carnot dans le parti révolutionnaire, rencontrent une opinion puissante qui vou-

(irait se donner la satisfaction de détrôner un roi, proche parent des Bourbons.

Carnot nous a conservé des détails intérieurs du Directoire sur cet incident :

« Bonaparte nous avait l'ait sentir qu'il était à propos de diminuer, par des trailés de paix, le nombre de ses ennemis. 11 désirait qu'on traitât avec le roi de Sardaigne, et plus encore avec le roi de Naples. Bewbell était chargé de la partie diplomatique, comme je l'étais de celle de la guerre. Que fit-il pour répondre aux instances de Bonaparte? Bien. Que dis-je, rien? Il éleva mille difficultés pitoyables sur le traité du Piémont, cl refusa tout net de traiter avec Naples. Ce fut moi qui, impatienté de ces lenteurs affectées, dont j entrevoyais le but, lis seul, sauf quelques observations de Charles Delacroix, le traité de la Sardaigne, qui, ce me semble, n'est pas le plus mauvais'. Ce fut moi ensuite qui provoquai celui de Naples, et qui, ne pouvant amener sur cet objet une délibération sérieuse du Directoire, demandai une réunion de quelques membres pour préparer le travail. Cette réunion eut lieu le soir même, entre Le Tourneur, moi et Larevellière, chez ce dernier. Si Barras eût été attaché à Bonaparte, comme il le dit, lui qui savait parfaitement le désir qu'avait le général que l'on traitât promptement, il aurait voulu être de la réunion, pour accélérer le travail. Point du tout : il ne

■ l'ar ce traité, la Savoie, les comtés de .Nice, de Tende el de Breuil étaient cédés à la France, qui établissait ses limites sur les crêtes des Aines. Il est difficile de comprendre en quoi deux des directeurs ne le trouvaient pas asseï onéreux pour le roi de Sardaigne. Jomini, au contraire, s étonne que celui-ci l'ait accepté (tom. YtU, p. 202 et suiv.). Il ajoute : « Ce traité eut une grande influence sur la suite de la guerre : il débarrassa pour l'instant l'armée française d'ennemis d'autant plus dangereux que leurs coups, porté» sur ses derrières, eussent été plus sûrs. »

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