LA COMMISSION DE GOUVERNEMENT
qui le privent des forces mêmes que la fortune lui avait laissées. »
Montesquieu fait celte réflexion à propos de la noble et politique démarche du sénat romain, allant au-devant du consul Terenlius Yarron, pour le remercier de n'avoir pas désespéré de la République après la défaite de Cannes.
Le souvenir de Varron est venu naturellement à tout le monde à propos des événements de 1815. Napoléon se montra blessé de lui avoir été comparé par Drouot dans une réponse au prince de la Moskowa. La comparaison n'était pas juste, en effet : Napoléon avait été battu comme le général romain, mais il avait désespéré.
Après l'abdication de l'Empereur, une Commission de gouvernement, composée de cinq membres, fut formée par les deux Chambres. Celle des représentants devait en nommer trois. Au premier tour de scrutin, Carnoteut524 voix, Ieducd0lrante295, le général Grenier, l'un des secrétaires de l'Assemblée, 204. Les autres voix se partagèrent entre Lafayetle,Macdonald, Flaugergueset Lambrechts. Carnot et Fouché, ayant seulsobtenu la majorité absolue, furent proclamés. Un autre lourde scrutin leur adjoignit Grenier, à l'élection duquel travailla Fouché, qui voulait à tout prix éloigner Lafayetle. La Chambre des pairs nomma Caulaincourt et Quinetle.
Les Bonapartistes avaient, dit-on, voté pour le duc d'Olrante, parce qu'ils le savaient en correspondance avec M. de Metternich dans l'intérêt de la régence. Mais n'était-il pas en correspondance avec bien d'autres, et dans toutes sortes d'intérêts?
Fouché devint président de cette Commission. Aucun historien n'a raconté véridiquement de quelle manière la chose se fit.
Les scrutins s'étaient prolongés jusqu'à trois heures, dans la nuit du 22 au 25 juin. Le 25, à onze heures du matin, les membres élus se réunirent aux Tuileries1. En entrant dans la salle, et avant même qu'on se fût assis, le général Grenier prit la parole.
a Messieurs, dit-il, il faut nous constituer promptement. Je propose de nommer président M. le duc d'Ot ranle. »
Caulaincourt approuva. Quinetle s'inclina sans rien dire. La majorité s'étant exprimée, Carnot ne vola point. Une politesse avait décidé de la direction du gouvernement \
Je dis une politesse, car le général Grenier s'était montré à la Chambre des représentants animé d'un vrai patriotisme, et il n'est pas permis de lui imputer une funeste complaisance. On assure même qu'éclairé bientôt sur la conduite du duc d'Olrante, Grenier voulait lui brûler la cervelle, et qu'il fut contenu par ses collègues. Quinetto et Caulaincourt avaient, je crois, sur le duc d'Otrante, à peu près la même opinion que Carnot.
1 Suivant les procès- verbaux que j'ai entre les mains, la Commission, nvant d'être proclamée, le soir du 22 juin, se serait réunie, afin de nommer sur-le-champ un plénipotentiaire à Londres, le comte Otto, et n'aurait pas pris d'autre décision.
• Une se» ne analogue à celle-ci avait placé Bonaparte a la tète du Consulat ; elle est racontée par M. Thiers {Histoire du Consulat et de l'Empire):
Le 20 Brumaire, les trois Consuls provisoires s'assemblèrent au Luxembourg. « Il fallait choisir un président ; et, bien que l'âge et la situation de M. Sieyès semblassent appeler cette distinction, Ro<:er Ducos, quoique son ami, et comme entraîné par le sentiment du moment, dit au général Bonaparte : « Prcnei le fauteuil et délibérons ; » le général Bonaparte le prjtji J'instant même».,, et il le garda.