LA COMMISSION DE GOUVERNEMENT
Dans cette première séance officielle, la Commission de gouvernement choisit Berlier pour secrétaire, nomma le prince d'Essling (Masséna) au commandement de la garde nationale de Paris, le général Andréossy à celui de la première division militaire, le général Drouot à celui de la gnrde impériale. Puis elle désigna les ministres intérimaires; et ce fut encore Grenier qui proposa pour l'intérieur le général Carnot-Feulins, son collègue à la Chambre des représentants et son collègue aussi comme secrétaire de cette assemblée. Fouché l'appuya. Dans quelles vues? Peut-être pour se donner un semblant d'impartialité. Il allégua la nécessité de maintenir un accord intime entre la Commission et le Ministère. Les autres membres opinèrent dans le même sens. Mon père vit cette nomination avec peu de plaisir, par égard pour son frère, qu'il craignait d'entraîner dans une catastrophe inévitable et prochaine.
La Chambre des représentants avait accepté, au nom du peuple français, l'abdication de Napoléon, et la Coinmission cxécutive crut se conformer à sa pensée en intitulant les actes publics au nom du peuple français. Une dénonciation fut cependant portée contre elle à la tribune : les uns l'accusaient d'avoir voulu laisser la voie ouverte au retour de Louis XVIII, les autres de ménager le triomphe du système républicain.
a II y eut à ce sujet, dit Carnot, une explication bénévole entre les membres de la Chambre et la Commission de gouvernement. L'arrêté se motiva sur ce que, la souveraineté du peuple étant reconnue par tous, il ne pouvait être inconvenant d'intituler les actes en son nom ; qu'avant de les intftuler au nom de Napoléon II, il fallait savoir si la nation confirmerait sa succession au tronc ; et qu'enfin, les puissances étrangères
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paraissant avoir résolu l'exclusion de toute la dynastie napoléonienne, quoiqu'elles eussent reconnu le droit des Français de choisir leur gouvernement, le nom de Napoléon 11, mis en téte des actes publics, aurait pu les blesser sans utililé réelle. Les Représentants se déclarèrent satisfaits de cette explication. »
Avant d'entamer des négociations de paix, on agita, dans une séance de la Commission de gouvernement, la question d'une régence étrangère, qui fut rejetée unanimement. Cela se passa en l'absence du duc d'Otrante, « lequel se trouvait, comme à son ordinaire, auprès de Wellington, » dit Benjamin Constant en racontant le fait.
Il nous faut bien reparler de Fouché.
L'imprudence du général Grenier avait placé cet homme à la tête de la Commission. Il se trouvait dans la situation la plus favorable pour continuer ses intrigues, et ne s'en fil pas faute : il exerça sur la marche des événements une influence malheureuse, moins décisive pourtant qu'on ne l'a supposé.
Fouché joua ses collègues, dit-on. Le mot vient peut-être de Sainte-Hélène. On l'a répété avec raillerie: l'indignation eût été mieux à sa place. Les honnêtes gens et ceux qui ne le sont pas ne se combattent pas à armes égales: la conscience des uns leur interdit remploi de certains moyens qui font le triomphe fatal de leurs adversaires. Combien d'intrigants dont la prétendue habileté, admirée du vulgaire, n'a consisté que dans l'absence de tout scrupule!