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DAVOUST ET FOUCHÉ

ainsi que celui de d'Erlon ; et Davoust déclarait aux Commissaires de la Chambre que la défense de Paris, qui lui avait semblé très-difficile la veille, l'était devenue infiniment moins depuis ce moment-là.

En général, il faut le dire, nous faisons la part trop grande à l'œuvre de la trahison dans les revers dont il plaît à la fortune de nous frapper. Napoléon est allé plus loin que personne dans cette erreur, s'il est vrai qu'il ait dit en partant pour Sainte-Hélène : « Quelques traîtres de moins et la France serait encore la maîtresse du monde. »

Quant au duc d'Otrante, qui faisait agir Davoust, la moins fâcheuse interprétation de sa conduite est celleci : il ne croyait pas qu'on pût éviter le retour des Bourbons, et il voulait tirer parti de l'inévitable.

La proposition du prince d'Eckmiihl ayant été repoussée, Fouehé, qui se voyait chargé du soin d'y répondre par écrit, comme président de la Commission de gouvernement, essaya de garder la position. Il communiqua à ses collègues une lettre, déjà expédiée, dans laquelle il avait trouvé moyen de parler de la reconnaissance de Louis XVUI. Après une nouvelle discussion, soulevée par Carnol, la Commission, se ralliant à son avis, ne voulut pas permettre que cette reconnaissance fût préjugée, même indirectement ; elle imposa à son président un supplément de réponse ainsi conçu : « L'armistice doit être purement militaire et ne doit contenir aucune question politique. »

L'illusion de Carnot sur la possibilité d'une lutte efficace n'avait pas été de longue durée. Cependant il remplaça la proposition de Davoust par une autre, dont je possède la minute autographe. Elle est adressée I la Chambre des représentants :

MÉMOIRES SIR CARiNOT.

« Monsieur le Président,

« La Commission de gouvernement, considérant que les troupes ennemies s'avancent vers la capitale et que les forces qui peuvent leur être opposées en ce moment ne sont pas suffisantes pour tenir en rase campagne avec succès ;

« Considérant que des négociations sont ouvertes pour la paix ; que toute nouvelle effusion de sang est inutile, et que cependant les généraux alliés n'ont pas encore accordé la suspension d'armes nécessaire pour attendre le résultat de ces négociations;

« Voulant, autant qu'il est en elle, prévenir les malheurs qui pourraient être la suite de leur entrée subite dans Paris, et pourvoir à la sûreté de la représentation nationale, propose de déclarer la ville de Paris en état de siège.

« La Commission attend la résolution des Chambres pour prendre l'arrêté ci-joint... »

L'arrêté proposé contient des dispositions pour la défense des approches de Paris par la troupe de ligne et pour le maintien de sa tranquillité intérieure par la garde nationale; pour le service des tirailleurs de celte garde dans les postes les moins éloignés; pour la rentrée des subsistances et l'élévation des retranchements ; pour la formation d'une armée de réserve à Orléans. Par un dernier article il est fait appel à tous les citoyens en état de porter les armes; ils doivent se rassembler sur les derrières de l'ennemi, afin de l'inquiéter et d'intercepter ses communications. C'est un plan de résistance à la foi§ énergique et prudent; on n'y sent ni l'inertie du découragement ni la fièvre du désespoir.

De ce projet, soumis à la Commission le 28 au matin, la première partie, relative à l'état de siège, fut adoptée dans la journée par la Chambre des représentants ; la seconde, sur les mesures de défense, le fut dans une nouvelle séance de la Commission, à neuf heures du soir, sauf le dernier article, qui demeura comme non avenu.

A force d'activité et de soins, le corps de Grouchy, les débris de Waterloo, les différents dépôts, se rassemblèrent autour de Paris et composèrent un noyau d'environ soixante-dix mille hommes. C'était assez pour livrer une bataille, peut-être même pour la gagner. Mais la victoire ne pouvait amener qu'un ajournement, pendant lequel l'ennemi seul recevrait des renforts; tandis qu'un revers, c'était la perle totale de notre force militaire; c'était Paris livré aux barbares, livré à merci et miséricorde. On peut brûler Moscou ; il ne s'agit que d'une ville. Mais Paris ! en dépit de ses écarts et de ses chutes, on se souviendra toujours que Paris a montré à l'Europe comment on démolit les bastilles, les féodalités et les royautés; Paris, la capitale de la civilisation moderne ! le monde n'eût jartiais pardonné à ses destructeurs. Conserver Paris n'est pas seulement un devoir français, c'est un devoir européen, c'est un devoir humain.

Le sacrifice de la capitale n'eût pas d'ailleurs assuré le salut de la France.

Il fallait donc concilier ces deux intérêts : la préservation de Paris et la défense de la nationalité. » Tel est le but que I on voulut atteindre, en présentant à l'ennemi une force capable de rendre incertain son triomphe immédiat, et en mettant à profit cette position comminatoire pour sauvegarder l'existence des habitants

et leurs propriétés par une convention purement militaire. Toutes les forces armées de la nation, surprise et non terrassée, pouvaient se rassembler derrière la Loire, stipuler pour la France intégrité cl liberté, ou entamer une de ces guerres désespérées qui font les peuples héros.

Carnot a tracé avec quelque détail le tableau de cette situation :

« Nous avons défendu Paris aussi longtemps qu'il a été possible de le faire sans compromettre le sort des habitants. Toute autre place que Paris eût certainement pu tenir encore; mais une capitale qui renferme six cent mille âmes, nous aurait-on jamais justifiés dcl'avoirex posée à toutes les horreurs d'une ville prise d'assaut ? Bonaparte n'avait fait fortifier que la rive droite de la Seine, déjà fortifiée naturellement par les hauteurs de Montmartre et de Belleville. Le côté gauche de la rivière était resté sans défense ; à peine y apercevait-on l'ébauche de quelques lignes. J'avais fait sur cela des observations à l'Empereur; mais il était persuade qu'on ne viendrait jamais 1 attaquer par la plaine de Montrouge. Cependant les ennemis s'étant rendus maîtres de Saint-Germain, avaient porté sur la rive gauche la majeure partie de leurs forces ; et la rivière étant devenue guéable presque partout à cause des basses eaux, il était impossible d'intercepter leurs communications : ils pouvaient, par une attaque de vive force, se rendre en un instant maîtres de la capitale; et à supposer qu'ils eussent échoué une première, une seconde fois, revenir à la charge jusqu'à ce qu'ils l'eussent emportée. Ils avaient leurs derrières

libres, pouvaient toujours recommeneer leurs attaques avec des troupes fraîches, et choisir les moments les plus favorables. Il fallait, au contraire, que nous fussions constamment sur nos gardes à toutes les avenues de l'enceinte immense que nous avions à défendre, et toujours avec les mêmes troupes, excédées de fatigue par les marches forcées qu'elles venaient de faire depuis la ► funeste bataille de Waterloo. Qu'on se figure l'impression qu'aurait faite sur les habitants l'entrée continuelle d'un nombre considérable de soldats blessés, qui auraient bientôt rempli les hôpitaux elles maisons particulières, sans autre espoir que d'éloigner de quelques jours seulement une catastrophe inévitable! Qui sait môme si la rumeur intestine que cela aurait occasionnée ne l'aurait point hâtée? Qui sait encore si les troupes elles-mêmes, dont le moral était encore ébranlé, auraient pu, dans ce tumulte, conserver l'ensemble qui leur était nécessaire?

« Néanmoins l'ennemi s'avançait toujours; il continuait a nous envelopper; l'arrivage des subsistances commençait à devenir difficile ; on annonçait un corps de 40 000 Bavarois à Meaux, qui devait achever le blocus entre Seine et Marne ; l'ennemi garnissait les hauteurs de Meudon ; une fois retranché autour de nous, il ne nous était plus possible de déboucher ni d'exécuter aucune retraite ; il fallait que Paris se rendit à discrétion et que l'armée passât sous les fourches caudines, ou qu'elle se fit exterminer. On sent bien qu'entre l'honneur et l'existence elle n'aurait pas hésité : la résolution était prise de forcer le passage à quelque prix que ce fût, et de se retirer derrière la Loire, si l'ennemi continuait à refuser une suspension d'armes ; et cependant le général Blûcher avait annoncé qu'il ne traiterait d'une

suspension d'armes que dans Paris même ; il mettait pour première condition que l'armée tout entière se rendit prisonnière.

« Dans cet état de choses, la Commission de gouvernement convoqua le 1er juillet une réunion extraordinaire, à laquelle furent appelés trois maréchaux de France < (non compris le ministre de la guerre, prince d'Eckmiihl, qui ne put s'y trouver parce qu'il fallait qu'il fit tète à l'ennemi), plusieurs officiers généraux, tant delà ligne que de l'artillerie et du génie ; les quatre ministres d'État; et enfin, les membres composant les Bureaux de la Chambre des pairs et de celle des représentants. L'exposé de la situation ayant été fait à peu près tel qu'on vient de le voir, et ce fut moi-même qui fis cet exposé, MM. les maréchaux furent invités à donner leurs opinions. Tous déclarèrent qu'ils ne croyaient pas que la ville de Paris fût susceptible d'une plus longue défense. M. le duc dcDalmalic dit que, du coté de Saint- Denis, l'ennemi étant maître du village d'Aubervilliers, il était très-hasardeux de tenir derrière la digue, le long du canal qui joint Saint-Denis à la Villelte ; que si l'ennemi venait à forcer celte digue, il pourrait sans difficulté se porter sur le village de la Chapelle, et entrer pêle-mêle avec nos troupes par la barrière de Saint- Denis ; que rien, au surplus, ne pouvant l'empêcher de communiquer d'un côté de la rivière à l'autre, il n'y avait plus de résistance praticable à lui opposer. M. le maréchal prince d'EssIing dit que sa défense de Gènes pouvait donner quelque idée de sa ténacité à soutenir les postes qui lui étaient confiés ; mais que, dans la situation où se trouvait Paris, il lui paraissait impossible de le défendre plus longtemps, et qu'il ne croyait pas qu'il y eût d'autre pnrfj a prendre que celui de renouve-

1er les démarches déjà faites pour obtenir une suspension d'armes. M. le maréchal duc de Danlzig opina à peu près de la mémo manière; ajoutant, néanmoins, qu'il ne croyait pas impossible de prolonger la défense, si l'on pouvait achever rapidement les travaux de fortification commencés dans la plaine de Monlrouge; et qu'il fallait se hâter de mettre tout en œuvre pour cela. Des membres de la réunion, qui n'avaient pas cru que la situation de Paris fût aussi alarmante, firent diverses observations, et demandèrent qu'avant de se prononcer définitivement, on recueillit de nouveaux renseignements; il fut résolu que, dans la nuit suivante, il y aurait, au quartier général de la Villette, un Conseil de défense, présidé par M. le prince d'Eckmûhl, auquel seraient invités tous les maréchaux qui se trouvaient à Paris, et les lieutenants généraux commandant les différents corps de l'armée. Les conclusions de ce Conseil furent les mêmes, quoique énoncées dans le procèsverbal d'une manière un peu moins affirmative.

« Il n'était donc plus possible de différer à prendre un parti décisif; et le 2 juillet, à dix heures du soir, on résolut d'envoyer aux généraux anglais et prussiens, une Commission spéciale, chargée de leur proposer une convention purement militaire, pour la remise de la ville de Paris entre leurs mains, en écartant toule question politique, puisqu'on ne pouvait préjuger quelles seraient les intentions des Alliés, lorsqu'ils se trouveraient réunis. Cette Commission fut ainsi composée : M. Bignon, chargé par intérim du portefeuille des affaires étrangères; le général Guilleminot, chef de l'étal-major général de l'armée, et le comte de Bondy, préfet du département de la Seine.

« Dans l'intervalle, et en attendant le résultat de celte

mission, aucunes précautions ne furent négligées pour la sûreté de Paris. Les troupes de la rive droite filèrent toute la nuit par les ponts, pour prendre poste sur la rive gauche. Le lendemain, ."> juillet, dès le matin, elles se trouvèrent en bataille dans la plaine de Montrouge, couvrant Paris, et occupant une position avantageuse, avec la résolution de soutenir vaillamment le choc de l'ennemi, et même avec une sorte d'impatience d'en venir aux mains.

« Les Prussiens occupaient le village d'Issy, à l'entrée duquel nous avions un poste, et où il s'était établi une espèce de suspension tacite d'hostilités. Ensuite leur ligne s'éloignait de la nôtre, en refusant sa droite, leur projet étant vraisemblablement de porter l'effort principal sur Vaugirard.

« L'armée ennemie était beaucoup plus forte que la nôtre; cependant nous pouvions espérer, par notre position, de lui résister avec avantage en cas d'attaque de sa part, mais non, je crois, de l'attaquer nous-mêmes avec un succès décisif. En pareil cas, une victoire complète est nécessaire. Il fallait pouvoir mettre notre adversaire dans une déroute absolue, ou ne rien entreprendre; autrement, comme nous étions obligés de rester après l'action, pour protéger Paris contre ses nouveaux renforts et ses corps de réserve, il nous aurait toujours tenus dans la même perplexité, privés par une . première affaire d'une grande partie de nos moyens. Il aurait fallu (pie nous eussions assez de troupes pour former un corps d'observation qui eût agi sur les flânes et sur les derrières de l'ennemi, afin de l'inquiéter et de le poursuivre, après lui avoir fait essuyer un premier revers. Mais nous étions loin de pouvoir détacher une portion de nos forces, et c'eût été une grande impru-

dence de nous éloigner du point qu'avant tout il s'agissait de couvrir. L'ennemi, comme je l'ai déjà dit, refusant sa droite, sur laquelle nousaurions pu avoir de l'avantage, il aurait lallu aller chercher celte droite, qui avait sa relraite sur les hauteurs de Chàlillon et de Meudon ; et pendant que nous nous serions trouvés engagés de ce côté, pour obtenir un succès qui ne pouvait décider de rien, l'ennemi dirigeant son attaque sur Vaugirard, nous n'étions plus en mesure de lui résister.

«Tel eût été le résultat, plus que probable, d'une attaque inconsidérée ; et cependant il aurait bien fallu s'y résoudre, si les Alliés se fussent obstinés plus longtemps à repousser la convention qui leur était proposée; car nous avions à craindre surtout que, sans livrer bataille, ils continuassent de nous cerner, de nous resserrer de plus en plus, de couper le reste de nos communications, et enfin de se retrancher tout autour de la place, au point de nous empêcher même de faire une trouée pour gagner la Loire.

« Je crois donc que la défense a été poussée aussi loin qu'elle devait aller, et qu'il a fallu même autant de bonheur que de circonspection pour éviter une affreuse catastrophe. Notre objet principal a été rempli ; nous avons sauvé la capitale du pillage; nous avons réussi à temporiser suffisamment, pour que les débris disséminés de notre armée pussent se rallier sous ses murs, pourquecette armée fût réorganisée, et qu'elle fît craindre à l'ennemi le résultat d'une affaire décisive. Nous avons constamment maintenu le calme dans la ville, et la sécurité parmi les habitants ; en quoi la garde nationale et son digne commandant, M. le maréchal prince d'Essling, ont rendu des services inappréciables. Enfin les délibérations des Chambres ont toujours été libres, ». 35

et nous ne leur avons remis nos pouvoirs, que lorsque l'ennemi occupant le lieu de nos séances, et nous ayant intimé l'ordre de faire payer dans le jour cent millions de francs, outre une prodigieuse quantité d'effets pour l'habillement et l'équipement de son armée, nous avons reconnu que, dans notre position, nous ne pouvions plus être que des instruments d'oppression pour nos concitoyens. »

Une vive et longue polémique s'est élevée quelques années plus tard au sujet de ces événements. On racontait que Carnot avait insisté, dans la Commission de gouvernement, pour que les défenseurs de Paris s'ensevelissent sous ses ruines plutôt que de trailer avec l'ennemi ; on lui faisait un mérite de cette résolution, et l'on prétendait même que les passages de YExpo$é de sa conduite politique que nous venons de citer avaient été falsifiés. Carnot n'accepta point des éloges qui, selon lui, l'auraient peint à la postérité, moins comme un sage patriote que comme un barbare, prêt à sacrifier la vie des hommes et les trésors de la civilisation, sans espoir raisonnable de succès. 11 eut connaissance de diverses publications où la vérité lui parut altérée, et il écrivit de Magdebourg à son frère, le général Carnot-Feulins, la lettre suivante :

« Je soupçonne fort qu'il y a une perfidie cachée dans le bruit que l'on affecte, dit-on, de répandre que la reddition de Paris en 1815 a été reflet d'une trahison de Fouché; que je m'y suis constamment opposé et que j'ai été trompé par mon collègue.

« Tout cela n'a pas le sens commun. Je n'ai point été trompé par Fouché, dont je connaissais fort bien les intrigues. Je m'opposai de toutes mes forces à la reddition de Paris, tant que le péril ne fut pas imminent;

DÉFENSE DE PARIS. r>;<i

mais je fus le premier à en démontrer la nécessité lorsqu'il s'agit déjouer sur une carte le salut de cette grande ville, lorsque le sort d une bataille dut en décider, d'une bataille où il y avait mille à parier contre un que nous succomberions, puisque nous ne pouvions opposer aux armées combinées des vainqueurs de Waterloo que les malheureux débris échappés à cette sanglante journée; d'une bataille enfin qui, à supposer même que nous fussions victorieux, ne ferait que différer la reddition jusqu'à l'arrivée des Russes et des Autrichiens.

« Dire que, dans une situation aussi désespérée, Carnot s'est obstiné à défendre Paris, et que Fouché seul a fait la capitulation, c'est dire que Fouché a sauvé Paris, tandis que Carnot voulait que cette capitale fût mise à feu et à sang.

a Ne doutez pas que la chose ne fût ainsi retournée, si les bruits que l'on fait circuler venaient à s'accréditer. 11 faut savoir repousser des éloges irréfléchis ou perfides; il faut dire les choses telles qu'elles sont, et elles sont telles que je les ai rapportées dans mon Exposé.

« Il est donc très-essentiel de ne pas laisser l'opinion s'égarer ; et je ne serais pas étonné que ces bruits fussent propagés par les adhérents mêmes de Fouché, pour lui faire un mérite personnel et exclusif de ce qu'on affecte en ce moment d'appeler trahison, afin de mieux cacher le but auquel on veut arriver. Ce but est de faire considérer Fouché, ainsi qu'il l'a dit lui-même dans sa Note, comme l'unique sauveur de la capitale et de l'armée, lorsque, au contraire, ses intrigues, heureusement déjouées, auraient eu pour résultat de sacrifier l'une et l'autre. »

Un brillant fait d'armes vint, dans les derniers moments, consoler un peu les cœurs patriotes, sans leur

rendre 1 espoir. Les Prussiens s'étant avancés dans la direction de Saint-Germain en Lave, Carnot envoya successivement deux officiers d'ordonnance au maréchal Davoust pour l'inviter à faire détruire le pont du Pecq. «M. Carnot croit-il que je ne sais pas mon métier?» s'écria le maréchal avec emportement. Cependant le pont resta debout, et les Prussiens le passèrent. Mais ils le passèrent seuls : c'était une imprudence, dont on les fit repentir, et qui aurait pu les perdre si l'on avait su ou voulu en profiter. Exclmans les sabra à Versailles. Cette opération agressive, entreprise contre le gré du prince d'Eckmûhl, et dont il arrêta les suites, gênait les négociations occultes de Fouché. Carnot s'en réjouit pour rhonneur de nos armes : il voyait avec bonheur la confiance renaître dans le cœur des soldats, dont l'attitude promettait de vigoureux efforts s'il fallait en venir à une lutte suprême.

Il était loin, d'ailleurs, de désirer celte lutte.

Le 5 juillet, Carnot passa en revue le camp de Montrouge; Ransonnet, redevenu aide de camp pour la circonstance, et voyant l'ardeur des troupes et leur aplomb, ne put s'empêcher de dire : «Général, voilà un front de bataille qui pourrait donner du fil à retordre aux Anglais et aux Prussiens. — C'est vrai, répondit Carnot, aujourd'hui peut-être, mais demain ! Ah ! si tout le monde était disposé à se battre comme ces braves soldats ! » Allusion à la tiédeur des chefs et à l'esprit général de la bourgeoisie.

Cependant le passage à travers Paris des troupes que l'on avait été obligé de porter de la rive droite à la rive gauche, pour suivre le mouvement des Prussiens, ne s'était pas opéré sans quelque irrégularité dans les distributions. La matinée du 4 vit se produire des signes

de mécontentement. Le duc de Vicence en fut averti le premier; l'inspiration naturelle d'un militaire devait être de se rendre à l'instant sur les lieux; il ne le fit pas; il ne songea même point au président de la Commission; c'est à Carnot qu'il adressa ce petit billet, sans signature mais'ccrit de sa main :

« On a l'honneur de prévenir M. le comte Carnot qu'il serait nécessaire qu'il se rendît sur-le-champ à Montrouge pour voir les généraux, car il y a du mouvement parmi les troupes et cela presse.

• 4 juillet 1815. à qualre heures. »

Carnot venait de se mettre à table quand cet avis lui parvint. Il fit aussitôt seller un cheval et courut à Montrouge, où il visita non-seulement les généraux, mais aussi les soldats, et où sa présence et quelques paroles dîtes à propos apaisèrent l'agitation.

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