XXV
Carnot, avons-nous dit, ne désirait pas une lutte suprême, qui lui semblait offrir trop peu de chances favorables, et surtout trop de périls en cas d'insuccès; mais il voulait en faire la menace sérieuse, afin de traiter avec les généraux plutôt qu'avec les diplomates. Sa préférence se fondait sur les motifs que voici : Les deux chefs des armées anglaise et prussienne redoutaient un échec qui serait venu compromettre leur récente gloire : on apprend par la correspondance de Wellington que sa prudence s'alarmait un peu à l'idée
de rencontrer nos soldats avant d'avoir reçu les renforts qu'il attendait du prince de Wrède; et, de son côté, Blûcher, mal posté sur la rive gauche de la Seine, où il pouvait difficilement être secouru, se sentait menacé. L'un et l'autre craignaient une attaque désespérée; l'un et l'autre aussi eussent été bien aises de ne point partager avec les Autrichiens et les Russes l'honneur de prendre Paris. L'inquiétude et l'amour-propre devaient donc les rendre assez faciles sur les articles d'une convention militaire. Enfin la rivalité qui régnait entre eux pouvait également nous venir en aide.
« Carnot, dit un historien allemand, préférait la brutale franchise de Blûcher à la politesse équivoque de Wellington l. » Ce dernier traînait les négociations en longueur, et Fouché ne voulait avoir affaire qu'à lui, parce qu'il le savait très-décidément favorable aux Bourbons; tandis que le général prussien, qui déjà l'année précédente s'était montré très-froid à leur égard, venait de publier, en mettant le pied sur notre territoire, une proclamation où le droit des Français à choisir euxmêmes leur gouvernement était formellement reconnu.
Blûcher, en effet, sembla flatté devoir les plénipotentiaires à son quartier général ; et il leur montra une lettre de MM. de Melternich et de Nesselrode, dans laquelle ces deux ministres ne faisaient aucune mention des Bourbons. Mais Wellington, averti, survint bientôt; et quoique lui aussi se montrât fort réservé en ce qui touchait la prétention d'imposer un gouvernement à la France, il fit rédiger la capitulation en des termes assez vagues pour permettre aux vainqueurs, sinon de tout faire, du moins de tout laisser faire. Une autre circon-
1 Welckcr, Vie du général Blûcher.