‹ Mémoires sur CarnotChapitre 200 sur 235 · DÉPART DE CARNOT · texte numérisé non relu

DÉPART DE CARNOT

teur de ce jour. » Fouché leur envoya le désaveu demandé, auquel ces messieurs donnèrent toute la publicité possible. Leur protestation contrasta singulièrement avec les palinodies qui remplissaient alors les journaux. Il appartenait aux membres du dernier gouvernement national de maintenir, par cette démarche courageuse, le caractère de la Convention de Paris, si honteusement violée.

Quant à Carnot, il lui eût été facile de se mettre en sûreté, en faisant seul ce qu'il avait proposé vainement à ses collègues, comme un acte de gouvernement : en accompagnant l'armée derrière la Loire. La position qu'il y aurait prise lui eût permis de stipuler des garanties personnelles. Mais un soin de ce genre n'entrait pas dans sa pensée. Fort de son droit et de ses intentions, il demeura désarmé devant ses ennemis. Pendant que Louis XV111 faisait sa rentrée dans Paris, il en sortait pour aller ensevelir sa douleur patriotique dans sa retraite de Presles. Un petit billet, témoignage de sa sollicitude paternelle en ces cruels moments, m avertit de sa résolution; je l'ai retrouvé dans mes Cahiers d'écolier :

«Paris, 8 juillet 1815.

« Mon bon ami, je ne t'envoie pas chercher parce que je pars demain à six heures du matin pour la campagne. 11 faut te tenir tranquille à ta pension jusqu'à nouvel ordre. J'ai quitté l'hôtel du ministère et je rentre dans mon ancien appartement de la rue Saint-Louis. Donnemoi de tes nouvelles à la campagne. Si on ne vient pas m'y tourmenter, tu viendras y passer tes vacances. »

Ne terminons pas ce que nous avons à dire sur les Cent-Jours sans parler un j)cu de celte Chambre des représentants, que les historiens ont beaucoup trop maltraitée, souvent calomniée.

Elle eut le tort de ne pas comprendre les nécessités de la situation assez pour oublier ses défiances, et pour ne voir dans Napoléon qu'un général d'armée, chargé de défendre le sol national envahi par l'étranger. Ces mêmes défiances, elle les continua tout aussi imprudemment envers la Commission exécutive, née de son choix, et se montra jalouse des pouvoirs qu'elle venait de lui confier; elle songeait à lutter contre une ombre et détournait les yeux du danger réel. Mais les j>atriotes y étaient en majorité, hommes prudents, hommes mûrs, pas assez jeunes peut-être j>our de telles circonstances. Il s'y manifesta des talents oratoires, demeurés jusqu'alors muets sous le poids de l'Empire ai de la Hestau ration ; ses séances étaient suivies, ses tribunes pleines; ce fut une renaissance de la vie politique. El quand on songe que cette assemblée n'a pas compté quinze jours de travail, on a droit d'être surpris de ce qu'elle a fait.

L'approche du péril lui donna de la grandeur et de l'énergie. Elle vota sa constitution en présence de l'ennemi et couronna sa rapide carrière par un noble testament, accepté quinze ans plus lard par la France. Elle y pose ce principe, solennelle improbation de toute charte octroyée, qu"il n'y a pas de pouvoir légitime s'il ne jure d'observer un statut délibéré par la représentation nationale et sanctionné par le peuple.

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