‹ Mémoires sur CarnotChapitre 204 sur 235 · EXPOSÉ DK SA CONDUITE · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DK SA CONDUITE

je suis du très-petit nombre de ceux qui n'ont jamais brûlé d'encens sur ses autels; et l'on m'accuse d'avoir conspiré pour lui rendre le trône et la puissance.

« Je me suis plaint au roi des infractions que les agents de son pouvoir se permettaient de faire à la Charte constitutionnelle qu'il nous avait donnée comme son œuvre ; et l'on prétend que ces plaintes sont un outrage â Sa Majesté.

«J'ai toujours fait profession de me soumettre au gouvernement établi, et Ton me dépeint comme un factieux qui ne s'occupe qu'à fomenter des révolutions.

« Je fus l'ennemi le plus déclaré de Robespierre, et l'on me fait passer pour son complice; je suis monté sur la brèche pour empêcher les réactions, et on me fait passer pour les avoir favorisées.

« J'ai consacré mes jours et mes nuits à seconder les opérations de nos armées, et Ton me représente comme occupé, pendant ce temps, à dresser des listes de pro* scriplion. Dans mes nombreuses missions, je n'ai jamais ordonné de mon chef même une arrestation, et l'on fait de moi un proconsul sanguinaire.

« Je me suis constamment montré l'ennemi des conquêtes; je ne voulais pas même, dans notre plus grande prospérité militaire, qu'on fût jusqu'à la limite du lihin; et l'on assure que je ne respirais que guerre, invasion, bouleversement des Etats.

«Je n'ai jamais sollicité ni places ni faveurs; c'est toujours malgré moi que je me suis vu appelé aux grandes fonctions publiques ; je ne suis pas plus chargé de richesses et de dignités qu'au commencement de la Révolution; et l'on me dépeint comme un homme avide de domination et de fortune.

« J'ai offert mes services au chef de l'État dans un

moment où le salut de la patrie était presque désespéré; et Ton a dit que c'était par ambition.

« Chargé de la défense d'une ville importante, j'ai inspiré la confiance au soldat, je lui ai fait aimer la discipline, j'ai maintenu l'ordre et la sécurité parmi les habitants, lorsque tout au dehors était livré aux alarmes et à l'oppression; j'ai, sous ma responsabilité, empêché l'incendie d'un immense faubourg de celte ville, déjà commencé en vertu des ordonnances militaires ; et l'on a essayé de persuader que je m'y étais montré comme un despote et un vandale.

«J'aime et je cultive les sciences et les lettres; et l'on a dit que j'avais voulu désorganiser l'instruction publique.

« J'ai idolâtré ma patrie; et bientôt, peut-être, je serai forcé de solliciter de la générosité des princes étrangers un asile dans leurs Étals.

« Des parents, des amis, tous les hommes à idées libérales et modérées prennent part à mes infortunes ; ils me croient dans l'affliction. Qu'ils se rassurent : Je puis confirmer h leurs yeux celte grande vérité qu'avec tin cœur pur on n'est jamais malheureux.

Illc potens sui Lîrtusqiic degel, cui licet in dicm Dixisse : vixi.

Horace.

« Carnot. »

Celte publication, qui eut trois éditions en quelques jours, donna le signal d'un nouveau débordement d'injures contre son auteur, soit dans les journaux royalistes, soit dans des pamphlets. V Exposé suscita presque autant de réfutations que le Mémoire au roi. Faut-il

Page 1