‹ Mémoires sur CarnotChapitre 208 sur 235 · VOYAGE A TRAVERS L'ALLEMAGNE. 5C · texte numérisé non relu

VOYAGE A TRAVERS L'ALLEMAGNE. 5C

refuge des proscrits et d'un grand nombre d'autres personnes qui se dérobaient par prudence aux furorisles de 1815 \ Le gouvernement des Bourbons se montra inquiet de voir ses victimes rassemblées en groupe près de ses frontières, et l'on put prévoir qu'il obligerait son voisin de les disperser. Celte perspective détermina Carnol à ne pas faire un long séjour en Belgique.

Nous quittâmes Bruxelles le 4 novembre. Mais afin de me faire connaître des pays nouveaux, car mon bon père avait toujours l'attention de mettre chaque circonstance à profit pour compléter l'éducation de ses enfants, il fut résolu que nous ferions le tour de l'Allemagne par le Wurtemberg, la Bavière et l'Autriche. Pour éviter la fatigue, et aussi par des motifs d'économie, nous louâmes un voiturin qui nous conduisit à petites journées.

La première étape de ce long pèlerinage s'est gravée dans ma mémoire. Nous étions à Liège pour y coucher; le journal qui tomba entre les mains de mon père contenait le récit de la mort tragique de Murât au Pizzo. Je vis, pendant qu'il lisait ces tristes détails, une larme rouler dans ses yeux. Les fautes de Murât avaient été bien grandes et leurs suites bien déplorables; mais c'était un des héros de nos guerres nationales qui tombait sous les coups de la réaction monarchique.

Je ne veux pas charger ce récit d'épisodes de voyage.

1 Je ne sais pas qui a imaginé ce barbarisme ingénieux; il me semble exprimer une juste distinction entre les révolutionnaires qui avaient cherché à inspirer la terreur à leurs ennemis et les réactionnaires qui se livraient tout simplement ii leur propres fureurs.

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A Munich, mon père alla voir Eugène Beauharnais, qu'il avait connu jeune. Celui-ci le reçut avec un empressement extrême, et lui amena ses enfants en le priant de les embrasser. On sait que ce prince a été accusé d'avoir témoigné, en 1814, beaucoup d'indifférence pour les infortunes de l'Empereur, tandis qu'en 1815, au contraire, fort désireux de le joindre et de le servir, il aurait été presque gardé à vue par les étrangers. Un propos qu'il tint à mon père semblerait donner une autre cause à son inaction : il raconta que, pendant les Cent Jours, s'étant mis à la disposition de Napoléon, celui-ci avait accueilli ses ouvertures avec une défiance tellement offensante qu'elle aurait paralysé sa bonne intention.

Arrivés à Vienne, le 19 décembre, nous en repartîmes dès le surlendemain. Malgré le sévère incognito de mon père, l'ombrageuse police autrichienne nous inspirai! quelques craintes : Olmûtz et le Spielberg étaient sur la route que nous devions parcourir pour nous rendre en Pologne.

Mon père fut très-frappé par la richesse agricole des plaines de la Moravie, a Notre patriotisme nous inspire beaucoup d'illusions, disait-il; nous ne nous figurons pas que, dans ces pays lointains, il puisse y avoir des provinces aussi belles que nos plus belles provinces. » Aucune information n'était par lui négligée : industrie, cultu re , mœurs , ressou rces économ iq u es des populations, tout l'intéressait. Un voyage avec lui était d'autant plus fructueux que personne n'exerrait mieux le rare talent de bien interroger.

A Cracovie, nous eûmes un échantillon des bienfaits de la protection politique. Le Congrès de Vienne, ne voulant attribuer à aucune puissance en particulier ce

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