‹ Mémoires sur CarnotChapitre 214 sur 235 · COUT D'ŒIL GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

COUT D'ŒIL GÉNÉRAL

qu'ils altaquent. Le devoir de Carnot est trace : il impose silence à ses ressentiments, saisit sa vieille épée et court à la frontière.

Cumula siégé au Comité de salut public et au Directoire; il a été gouverneur d'Anvers et ministre de l'Empire; il s'est trouvé en désaccord avec des gouvernements qui portaient le nom de république, et il a servi son pays sous des pouvoirs monarchiques. De là quelques biographes se sont cru le droit de lui attribuer une sorte d'indifférence sur les formes de gouvernement. 11 y en a même un qui tire celte induction de sa répugnance à conspirer contre tout pouvoir établi.

N'avaient-ils pas vu le proscrit de Fructidor, répondant à ceux qui l'accusaient de royalisme, prendre fièrement ce titre : « L'un des fondateurs de la Hépublique française. » N'avaient-ils pas vu le tribun demeurer le dernier debout pour soutenir l'État qu'il avait contribué à créer? Est-ce là de l'indifférence politique?

Aussi d'autres biographes, adoptant une thèse opposée, ont-ils signalé chez Carnot un caractère obstiné, systématique, ne voulant tenir compte ni des opinions contraires à la sienne, ni des nécessités imposées par le temps.

Personne, il est vrai, n'a moins que Carnot flatté les caprices de l'opinion ; mais personne aussi ne s'est montré plus respectueux pour ses manifestations sérieuses. Il expose quelque part cette doctrine de soumission à la souveraineté générale en des termes si nets, qu'on lui trouverait plutôt l'humeur trop accommodante, si l'on ne savait qu'il s'abstint toujours des fonctions publiques quand elles n'offraient que des avantages.

« Dans les crises de l'État, dit Carnot, il peut y avoir, pour chaque particulier, un moment d'incertitude sur le parti qu'il doitprendre; il peut hésiter ou choisir entre les opinions sans se rendre criminel. Bientôt la grande majorité se prononce; alors, si la minorité s'obstine dans son opposition, ce n'est plus qu'une faction. Ce principe de justice éternelle constitue l'essence de toute société politique; sans lui il n'y a plus qu'anarchie et guerre intestine dans l'univers entier. »

Et la conscience publique, plus intelligente que les biographes, ne s'est pas trompée : elle a toujours regarde'' Carnot comme l'ami le plus fidèle de la patrie et de la liberté; elle, n'a pas cru qu'au Directoire il ait favorisé le retour des Bourbons, ni que pendant les Cent-Jours il soit devenu bonapartiste, quoique ces accusations aient servi de prétexte à ses deux proscriptions. Je ne crains pas davantage qu'on le soupçonne d'avoir faibli •ins sa foi, quand j'aurai dit à mes lecteurs qu'une de ses dernières paroles fut celle-ci : « Mon enfant, si jamais notre pays est menacé dans son indépendance, oublie que les Bourbons ont proscrit ton père. » Il y a donc dans la conscience publique un instinct de délicatesse qui devine la vérité; on peut se fier à cette consolante certitude, et marcher dans la ligne du devoir imperturbablement.

L'idéal de Carnot n'a jamais cessé d'être la république, forme de gouvernement plus parfaite que toute autre à ses yeux, parce que mieux que toute autre elle admet l'initiative du citoyen, et qu'elle l'élève en dignité morale. « Il faut faire de la republique la souveraine passion des cœurs, » disait-il. Mais il ne s'est jamais montré très-ardent à révolutionner les institutions, persuadé que l'esprit public seul leur donne une valeur et

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