CONVERSATIONS DE CARNOT. G
disciple le plus immédiat de d'Alembcrt, Condorcet, un ami de Carnot, qui a fourni à l'école sainl-simonienne sa belle formule : « Toutes les institutions sociales doivent avoir pour but l'amélioration, sous le rapport physique, intellectuel et moral, de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. »
Lorsque je suis rentré en France, après 1825, mon esprit cherchait une direction philosophique. Les journaux, en annonçant la mort de Saint-Simon, me rappelèrent les paroles de mon père. Je fouillai sa bibliothèque; j'y trouvai quelques-unes des publications de cet aventurier intellectuel, qui a ouvert plus de perspectives sur l'avenir que vingt philosophes d'école. J appris en môme temps qu'il avait laissé un petit groupe de disciples, qui publiaient un journal (le Producteur). Je les recherchai; et c'est ainsi que j'ai dû aux entretiens de mon père la modeste part qu'il m'a été donné de prendre au développement des idées sainl-simoniennes pendant leur première période.
« Encore un philosophe bafoué, disait mon père en parlant d'Azaïs; je ne connais pas sa personne et je n'ai pas lu ses livres; mais le litre de sa doctrine me plaît : il me présente des idées douces et calmantes; et si l'auteur est un homme de foi, les sarcasmes et le délaissement ne doivent pas le rendre malheureux. » Un des traits de Carnot, en effet, c'est un penchant à l'optimisme, ce rêve des bons cœurs; le mal lui semble tellement injuste, qu'il croirait volontiers aux Compensations dans les destinées humaines.
Au sujet de l'économie politique, il disait : « Les écrivains, fort savants d'ailleurs, qui ont traité ces matières, avaient le défaut de n'être point mathématiciens. De là beaucoup de théories sans bases solides et sans
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conclusion- pratiques. Lorsque de vrais mathématiciens s'adonneront h l'économie politique et y appliqueront In ou'llinil»' expérimentale, il se créera une science nouvelle, une science qui n'aura besoin que d'être éeliauffée par l'amour «le I humaiiilé pour transformer le gouvernement «les 1 *t;i Is . Je regrette uY n'avoir plus l'âge et les forces née^aires |>our me livrer à sa culture. » Kl il citait alors l'exemple deVauban, si hardi dans une voie qui n'avait été pour lui qu'accessoire, et dans un temps où la philosophie et la révolution n'avaient pas encore' ouvert I* ni*-- vaste- horizons. Noire père disait cela, peut-être avec intention, devant mon frère Sadi, qui posséda il jdu>ieurs des qualités propres à former l'économiste, mais qui- les éludes Irès-exclusives de l'Keolo polytecîinique disposaient à un certain dédain pour la philosophie. Dus tard, en effet, mon frère s'adonna, avec une pénétration remarquable, aux sciences économiques. Il était venu, en ltS"21, passer quelques mois près «le nous, «mi congé; car il était demeuré au service militaire, dans leG«;nie. Le gouvernement des Bourbons tenait peu à l'employer activement, et lui-même acceptait volontiers celle mise à l'écart, pour s'occuper d'arts et de science.
Tous le> événements généraux qui intéressaient la liberté et la civilisation faisaient battre le cœur de mon père. La lutte des Grecs pour leur indépendance l'enthousiasma beaucoup. In jeune Allemand, à peine échappé do l'université, Wilhclm Millier, ayant composé à celte occasion des Chants hcllciiiens qui firent «lu bruit, nous les lûmes ensemble, et nous en traduisîmes quelques-uns. «Je suis trop bon chrétien pour ne n;«- nf unir d'intention avec l«'s descendants des Spartiates el de? Uliéniens, » écrivait Carnot à une amie,