‹ Mémoires sur CarnotChapitre 22 sur 235 · EXISTENCE POLITIQUE DIT PAPE · texte numérisé non relu

EXISTENCE POLITIQUE DIT PAPE

expose ainsi ses propres idées : « Les direeleurs m'accusent d'avoir soutenu l'existence politique du pape, tandis qu'en faisant la paix avec Naples, malgré les directeurs, j'ai ôté au pape le seul appui que pût avoir son existence politique; tandis que j'ai proposé aux directeurs, qui ne l'ont point voulu, de dépouiller le pape de sa puissance temporelle, pour la transférer à un gouvernement, notre allié (l'Espagne), qui eut formé contrepoids a la maison d'Autriche'. »

C'est vers l'Allemagne (pie Bonaparte, enivré de nés merveilleux succès, tournait maintenant les regards. Il parlait d'aller à Vienne en quinze jours. Ses lettres no sont pleines que du projet de franchir leTyrol pour pénétrer au cœur de la Bavière et de l'Autriche.

Ce projet rentrait bien dans le plan général de Carnot ; mais il ne pouvait se réaliser que par la combinaison des mouvements de toutes les armées; et Carnot le trouvait prématuré, parce qu'il connaissait mieux l'étal des choses : « Je m'imagine qu'à l'heure qu'il est on se bat sur le fihin, » écrit le général au directeur; et le directeur lui répond : « On ne se bal pas encore sur le Hhin; l'armée de Sambre-et-Mcuse fait avec difficulté ses magasins; elle n'a pas, comme la brave armée d'Italie, une plaine fertile devant elle, et elle doit s'assurer à

1 L'ancien évèque de Blois, Grégoire, m'a dit un jour que, dans un dîner t h« i Joseph Bonaparte, le t". février 1804, Bertlùer lui déclara, en présence du général Bemadntle, qu'il arait reçu du Directoire l'ordre de faire transporter Pie VI au Brésil. Passant par une telle bouche, l'assertion n'a pas besoin pour nous d'être confirmée. Il faut croire que Carnoi résista à cet étrange projet, puisque, dans le réquisitoire lancé contre lui, après le 18 fructidor, on le qualifie de protecteur du pape.

tin autre détail curieux, c'est que, pendant qu'on négociait, (enliv Léohen et Campo-Formio), la cour catholique des Bourbons de Naples intrigua pour obtenir quelqu'un»' des dépouilla du sainl-père. au moins

h» MÉMOIRES SUR CARNOT.

l'avance dos moyens de subsister dans le slérile pays de Berg et dans la Welteravie septentrionale... Celle du Rhin est dans le dénnmenl le plus extrême. »

Bonaparte, au contraire, a du superflu; il demande au Directoire l'autorisation de prélever, sur les contributions de guerre recueillies par lui en Italie, un million en numéraire, destiné à l'armée du llhin. « Il faut, » dit-il, « que les armées du Hhin ne laissent pas de repos à Wurmser, sans quoi il pourrait nous jouer ici un vilain tour. »

Une lettre de Carnot se croise avec la sienne :

« Le glorieux début de la campagne sur le Rhin va de nouveau consterner l'Autriche, et opérer une puissante diversion en votre faveur. La gauche de l'armée de Sambre-el-Meuse a battu deux fois, sur la rive droite du Bhin, le duc de Wurtemberg. Un corps de plus de trenle mille hommes, aux ordres du brave général Kléber, formé de la gauche el d'une partie du centre de Jourdan, s avance à grands pas; et bientôt peut-être l'armée entière que ce dernier commande marchera sur le Moin. Celle de Rhin-et-Moselle se prépare à agir de son côté par dos mouvements combinés, dont le but est de reporter incessamment le théâtre de la guerre au delà du Rhin. »

Carnot presse vivement le passage du fleuve. Moreau a remplacé Pichegru le Ier messidor (19 juin), et six jours après nos soldats sont en Allemagne. Carnot annonce cet événement à Bonaparte.

« Le passage du Rhin est l'opération la plus heureuse pour l'armée d Italie, » répond le général ; « c'était peutêtre le seul moyen pour que nous ne soyons pas accablés par la supériorité du nombre. »

Le général, pour se faire valoir, use un peu do l'hyperbole; Carnot le lui fait sentir : « L'état que vous

DIRECTION DKS ARMÉES. M»

nous avez envoyé de la force ennemie qui vous esl o|iposée nous a paru exagéré. »

Mais Carnol sait d'ailleurs re qu'il peut attendre de l'activité de Bonaparte. Il est moins bien second»' en Allemagne, où commandent deux capitaines habiles, mais «pie n'anime pas la même audace. Jourdan éprouve un échec. Carnot porte de ce côté ses soins et ses excitations; c'est dans sa correspondance avec l'Italie que nous allons en chercher le témoignage ; car il a l'œil à la fois sur les deux ailes de cette immense armée qui se déploie depuis Francfort jusqu'aux portes de Home, et dont il s'attache à combiner les opérations :

"21 juin. — « Vous aurez sans doute appris le mouvement rétrograde de l'aile gauche de l'armée deSambreet-Meuse, de la Lahn jusque sur la Sieg. Le Directoire vient de lui ordonner de reprendre l'offensive. L'armée de Rhin-et -Moselle a eu quelques succès en avant de Manheim; elle doit se jeter avec impétuosité dans la Souabe et dans la Franconie. Si celle que commande le général en chef Jourdan la seconde avec audace, comme le veut le Directoire, elles rappelleront bientôt une partie des troupes que Wurmser paraît avoir détachées contre l'armée d'Italie. »

0 juillet. — « L'armée de Hhin-et-Moselle continue sa marche victorieuse et rapide sur la rive droite du Rhin; elle a culbuté une partie des troupes de Wurmser près d'Offenbourg et gagné une bataille à Renchéri... À l'instant nous apprenons que l'armée de Sambre-et-Meuse, conformément à nos intentions précises, a repris son mouvement offensif, et que les divisions qui avaient passé le Rhin en se repliant, l'ont de nouveau repassé de vive force. Les Autrichiens ne peuvent résister à l'attaque combinée île ces deux puissantes armées, qui

fiO MÉMOIRES SUR f.ARNOT.

brûlent de suivre les traces immortelles de celle que vous commandez. »

25 juillet. — « L'armée de Dhin-ct-Moselle touche au lac de Constance, et va inquiéter les derrières de l'armée autrichienne d'Italie. Le prince Charles, réduit à la moitié de ses forces par ses pertes et par les garnisons qu'il a jetées dans les places, prend le chemin du Danube. Les généraux Moreau et Jourdan le pressant avec vivacité sur ses deux flancs. La cam|>agne |>araîl déjà être à l'abri de tout retour fâcheux, et les nouvelles que le Directoire attend incessamment de vous, citoyen général, ajouteront encore à la glorieuse et étonnante situation militaire de la Dépublique. »

Ces succès rendaient maintenant possible le hardi projet de Ronapartc ; celui-ci écrit au Directoire : « Si une division de l'armée du Dhin peut venir prendre position à Inspruck et jeter l'ennemi sur la droite, je me porterai à Trieste, je ferai sauter son port et saccager la ville. Si l'armée de Sa mhre-el -Meuse arrive au Danube, que celle du Dhin puisse être en force à Inspruck, je marcherai sur Vienne. »

Cette lettre est du 1~>août 1796 (26 thermidor); une dépêche du Directoire, datée de la veille, prévenait les désirs de Bonaparte. Le but semblait donc atteint, lorsqu'un nouveau revers de Jourdan, plus grave que le premier, vint, sinon compromettre le but, du moins l'ajourner. Pour rétablir nos affaires, il fallut la présence de Hoche à l'armée de Sambre-et-Meuse, qu'il réorganisa, une retraite triomphante de Moreau et de nouvelles victoires en Italie. « Le plan général de la campagne était si bien conçu,» dit Toulongeon, «qu'ayant manqué dans une de ses parties, le génie de Napoléon put y suppléer et compléter I exécution. >»

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