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MÉDITATIONS D'UN PROMENEUR

C'est ce (langer que l'éducation doit s'attacher à prévenir par la culture du sentiment de bienveillance universelle, notre plus beau trait de ressemblance avec le Créateur : il faut que les problèmes moraux soient tellement simplifiés que la science de la vertu devienne la plus banale de toutes les sciences, et la pratique du bien une habitude de tous les instants.

La vie sociale en continuant et en complétant l'ou- ' vrage de l'éducation, les institutions en plaçant chaque homme dans la position la plus favorable à ses tendances naturelles, rétrécissent le cercle des devoirs difficiles et douloureux, et diminuent le nombre des séductions qui menacent la vertu. Le sacrifice est le signe d'un monde imparfait. Il contribue à nous améliorer, sans doute. Mais serait-il l'unique voie du perfectionnement?

Cardons-nous de regretter l'absence de ces épreuves. Autant vaudrait regretter les dangers, les combats au milieu desquels se passait la vie de nos aïeux, parce qu'ils servaient à aiguiser leur courage.

Voilà le thème habituel des Méditations d'un promeneur. On y reconnaît l'inspiration des idées stoïciennes. Mais le stoïcisme antique devait conduire à l'isolement, presque à l'insensibilité; Carnot, qui l'a étudié dans la vie de ses grands hommes beaucoup plus que dans ses préceptes absolus, recommande faction, l'action énergique, et il en donne l'exemple.

Je termine ce chapitre par quelques pensées morales, copiées au hasard sur les brouillons de mon père. Il se peut que plusieurs d'entre elles soient de simples réminiscences :

« La devise de l'homme est espoir.

« Le bonheur est une perspective, et l'espérance nous place au vrai point de vue pour en jouir. Mais ce qui

contribue à nous tourmenter, c'est que nous nous faisons du bonheur une idée exagérée et hors de proportion avec la mesure que comporte la nature humaine.

« L'effort même que Ton fait pour atteindre au bonheur est un état violent qui souvent le détruit.

« Nous ressemblons à des enfants qui soupirent après les joujoux qu'ils n'ont pas, et qui les jettent aussitôt qu'ils les tiennent.

« Les éléments du bonheur sont la santé, la médiocrité et l'indépendance de condition, le goût du travail, l'estime des gens de bien, l'esprit de société, les talents, l'intelligence des affaires, un caractère de modération, la tendance à secourir les malheureux, l'intimité d'uno femme aimable, des enfants nés avec de bonnes dispositions.

« J'ai éprouvé que la bienfaisance est la plus parfaite des jouissances, et celle qui s'use le moins.

« L'homme est né pour le travail ; l'oisif volontaire est un être dégradé.

« Nos fibres sont comme les cordes d'une harpe : il faut qu'elles soient tendues à certains degrés respectifs pour produire une harmonie.

« Les passions se guérissent l'une par l'autre.

« La vérité n'est jamais plus sublime que lorsqu'elle se cache à ceux qui ne doivent pas la voir, semblable au soleil dont la lumière blesserait nos yeux s'il ne s'enveloppait d'un nuage.

« Les pratiques de dévotion peuvent disposer l'homme à la méditation et lui procurer un recueillement nécessaire pour qu'il travaille à se corriger. Mais, en l'absence des bonnes œuvres, elles ne sont que des insultes

la divinité.

« Les sacrifices que commande la véritable morale

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