‹ Mémoires sur CarnotChapitre 24 sur 235 · CORRESPONDANCE AVEC BONAPARTE. U · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE AVEC BONAPARTE. U

recommande de faire passer aux religieux de ce monastère la somme de six mille livres numéraire, pour leur tenir lieu des swours qu'ils n'ont pu recevoir depuis longtemps. »

A l'occasion du passage du Tagliamento et de la prise de Gradisca, Carnot écrit amicalement à Bonaparte :

« Je vous félicite de vos derniers succès, très-considérables en eux-mêmes, et parce que c'est contre le prince Charles que vous les avez obtenus : vous avez ainsi dissipé le prestige sur lequel les Autrichiens fondaient leurs nouvelles espérances. 11 est bien important, mon cher général, qu'il n'ait que des revers contre vous; car vous savez avec quelle jactance nos ennemis, et les partisans qu'ils comptent au milieu de nous, font valoir leurs moindres succès. L'archiduc battu par vous cent fois de suite sera un héros, et vous ne serez qu'un triste caporal s'il vous surprend seulement une patrouille. Les princes deviennent des grands hommes à bon marché. Au reste, on dit celui-ci* brave de sa personne, et à ce titre il mérite de se mesurer avec vous. »)

Bonaparte, dans ses lettres, se montre fort sensible à l'intérêt que lui témoigne Carnot et à sa bonne opinion :

« lia récompense la plus douce des fatigues, des dangers, des chances de ce mélier-ei, se trouve dans l'estime du petit nombre d'hommes que l'on apprécie. »

« Je mériterai votre estime et vous prie de me continuer votre amitié. »

A ses exhortations civiques il répond : « J'ai adopté, en entrant dans la carrière publique, pour principe : loul à la patrie. »

«6 MÉMOIRES S LU CAKNOT.

H s'adresse souvent à Carnot avec confiance pour ce qui le touche personnellement.

Il le remercie des attentions qu'il a pour sa femme : « Je vous la recommande, » dit-il ; « elle est patriote sincère, et je 1 aime à la folie. »

Quelquefois il dépose dans son sein ses secrets domestiques les plus intimes.

Un de ses frères le compromet par son exaltation démagogique et ses mauvaises liaisons ; il prie le directeur de l'éloigner en le faisant partir pour une armée. Un autre frère lui donne beaucoup de satisfaction : « Ce brave jeune homme méritera les égards que vous voudrez bien avoir pour lui. » Et nous lisons en marge (de la main de Carnot-Feulins, je crois), pour le premier : envoyé à l'armée du Nord; pour le second : fait capitaine.

L'auteur allemand des Contemporains (Zeitgenossen) semble avoir été très-frappé par le caractère de cette correspondance, bien qu'il n'eût pu en lire que des extraits publiés dans quelques collections : « Lorsque la marche victorieuse de Bonaparte dépassa toute attente, » dit-il, «Carnot demeura pour lui un paternel ami, sans jalousie de celle gloire croissante. \\ continua son rôle de fidèle conseiller, mettant au premier rang de ses recommandations le bien de la patrie. Carnot voulait faire de Bonaparte le Washington de la France. »

Le ton de Bonaparte, dans ses lettres, est en pleine harmonie avec celui de Carnot : même expression de dévouement patriotique. On y voit une noble assurance, mais rien de cette arrogance qu'il affecta presque immédiatement après le 18 fructidor, quand il sentit qu'il pouvait s'imposer; on n'y voit pas surtoul la moindre trace de ce mépris pour loulc règle morale et pour loul

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