‹ Mémoires sur CarnotChapitre 25 sur 235 · LA GUERRE EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LA GUERRE EN ALLEMAGNE

droit des personnes, que révèle sa correspondance impériale avec son frère Joseph ou avec son ministre de la police Fouché.

Nous ne nous sommes pas astreint à compter chronologiquement les glorieuses étapes par lesquelles passa l'armée d'Italie en marchant du quartier général de .Nice, où Bonaparte avait pris possession du commandement, au quartier général de Léoben, où il dicta les préliminaires de la paix.

En Allemagne, nos armées, rencontrant des diflicultés plus grandes, avaient eu des succès moins brillants et plusieurs fois contestés.

Moreau et Jourdan y commandaient chacun de soixantequinze à quatre-vingt mille hommes, sans magasins et mal équipés, ayant devant eux l'archiduc Charles d'Autriche, à la tète de cent soixante-seize mille soldats, un matériel excellent et une cavalerie supérieure. Toutefois, au moment où 1 armistice fut dénoncé, vingt-cinq mille hommes, sous les ordres du fcld-uiaréehal Wurmser, venaient de se détacher pour aller couvrir le Tyrol menacé par Bonaparte; en sorte que les parties adverses dis(>osaient à peu près de forces égales; mais le dé|>art de Wurmser donna aux Autrichiens l'avantage de l'unité du commandement aux mains de l'archiduc.

On a reproché aux dispositions militaires du Directoire, et ce n'est peut-être pas sans raison, d'avoir embrassé une ligne trop étendue, qui permettait difficilement aux trois armées de se donner la main, l'ourlant il faut se rappeler que la neutralité de la Suisse garantissait les flancs opposés de l'armée d'Italie et de l'armée

du Rhin, et que, dans la pensée du Directoire, la jonction de celte dernière avec celle de Sambre-et-Meuse ne devait se faire qu'après un succès; et elle se serait faite alors aisément. Les instructions données aux généraux leur recommandaient une grande vigueur; mais on verra que ces instructions ne furent pas toujours exécutées à souhait.

Dès le 29 mars, près de deux mois avant la rupture de l'armistice, Carnot, prévoyant les intentions de l'ennemi, engage les généraux du Rhin à commencer euxmêmes les hostilités, en mettant une extrême promptitude dans leurs opérations, et en portant toute l'action sur la rive droite. Le 10 avril, continuation des mêmes instances. Les généraux ne répondent que le 7 mai, par des observations qui tendent à l'ajournement. Leurs mesures d'entrée en campagne ne sont pas encore prises; ils demandent plus de latitude dans les moyens d'exécution, et sollicitent l'autorisation de livrer bataille sur la rive gauche du Rhin, ce que le Directoire a formellement interdit. C'est alors que Carnot, obligé de contenir les projets qui fermentent dans la tête de Bonaparte, lui dit tristement : « On ne se bal pas encore sur le Rhin. »

Le Directoire avait attribué à Jourdan l'initiative de I agression : il devait porter vivement le théâtre de la guerre sur la rive droite, afin d'y attirer les principales forces de l'ennemi, et de favoriser ainsi le passage du Meuve par l'armée de Moreau.

Jourdan effectua ce mouvement, mais sans y mettre la diligence prescrite. Il différa son attaque de deux jours, faute capitale, qu'il a d'ailleurs la bonne foi de reconnaître dans ses Mémoires. Le même général en commit une autre, dont son adversaire profita. Cet adver-

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