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CARNOT AU GÉNÉRAL EN CHEF JOURDAN

5 messidor an IV, 23 juin 1796.

a J'ai partagé, vous n'en doutez pas, digne et brave général, la douleur qu'a dû vous faire éprouver l'espèce d'échec qu'a essuyé l'aile gauche de votre armée; mais je suis loin de m'alarmer sur les suites de cet événement : un mouvement rétrograde n'a souvent eu pour résultat que de porter à l'ennemi des coups plus sensibles; et

• Grundstwtze (1er stratège, etc. Principes de la stratégie, expliqué par un tableau de la campagne de 1796, en Allemagne. Vienne, 181 i.

loi est le parti que vous devez tirer, et que vous tirerez sans doute de la position où vous èles.

« Vous vous souvenez, citoyen général, que l'hiver dernier, quand vous vîntes à Paris, nous convînmes que vous ouvririez la campagne par des opérations dont le but serait d'attirer sur vous, et le plus loin possible de son centre d'action qui est Francfort, toutes les forces de l'ennemi. L'objet en cela était de faciliter au général Moreau le passage du haut Rhin ; or le mouvement que vous venez de faire, quoique rétrograde, produit cet effet, surtout si l'ennemi se porte jusque devant Dusseldorf, ce qui serait, selon moi, une chose très-heureuse pour nous et une très-grande faute de sa pari.

« Sans doute Dusseldorf ne vous sera point enlevé de vive force, l'habileté et le courage du général Kléber nous en répondent. L'ennemi vieudra-l-il donc en faire le siège régulier? Je le voudrais bien : il périrait de faligues et de misères dans le malheureux pays où son armée serait engagée, et nous laisserait la liberté d'agir librement sur le haut Rhin, où nous enverrions les plus grandes forces. 11 n'attaquera pas non plus par Maycnrc ni par Ehrenbreitstein, car il ne pourrait le faire qu'en dégarnissant de nouveau le bas Rhin depuis Dusseldorf jusqu'à la Lnhn, et en faisant a son tour un mouvement rétrograde dont, sans doute, vous sauriez profiler. Croire qu'il passera le Rhin en votre présence partout ailleurs, c'est une supposition qui ne saurait se faire; car, quand il y porterait toutes les forces de ses deux armées, personnel et matériel, certes, avec quatre-vingt mille soldats accoutumés à la victoire et un pareil fossé devant vous, vous ne le laisserez pas faire.

a Je vois donc, moi, dans ce qui se passe, le commencement d'une campagne glorieuse et décisive en fa-

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