‹ Mémoires sur CarnotChapitre 29 sur 235 · JOURDAN KT L'ARCHIDUC CHARLES · texte numérisé non relu

JOURDAN KT L'ARCHIDUC CHARLES

historien, « Jourdan suivit les traces de son adversaire, et sembla n'avoir d'autre but que de gagner sur lui du terrain, sans combattre et sans manœuvrer pour se rendre maître tout d'un coup du théAlre de la guerre. — S'il eut forcé Wartensleben à recevoir le combat, les Autrichiens, sans doute, eussent été anéantis, et la campagne, peut-être même la guerre, se fût terminée. — Tout concourut inutilement à présenter ce glorieux succès au général français ; et c'est en vain que l'offensive lui donna l'initiative du mouvement. Le Directoire cependant lui avait ordonné de poursuivre son ennemi sans relâche, et de livrer une bataille décisive ; il en perdit l'occasion (plusieurs fois, selon l'archiduc; Jourdan n'en avoue qu'une, disant qu'il n en retrouva plus une pareille dans le cours de la campagne). Il y a des pertes réparables; mais à la guerre ce n'est pas celle du temps. »

Enfin Jourdan commit encoVe la faute de disjoindre sa droite de la gauche de Moreau, et de le dépasser; il s'avança dans la haute Bavière (marche téméraire, dit Mathieu Dumas1) jusqu'à Amberg, où le général autrichien, qui avait rassemblé ses forces, lui fit subir un nouvel échec, suivi d'une difficile retraite.

C'était l'instant où Moreau, ayant remonté le Rhin, occupé Lindau et pris la forteresse de Bregentz, entrait dans Augsbourg, touchait aux portes de Munich et forçait l'électeur de Bavière à implorer un armistice ; il allait donner la main droite à l'armée d'Italie et la gauche à celle de Sambre-et-Meuse, si Jourdan, au lieu de s'avancer vers le nord, avait marché sur Hatisbonne, point de jonction indiqué par le Directoire. C'était l in-

' Des résultats de la dernière campagne. I*:tri*, 1707.

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siant où Carnol, plein d'espérance, parlait à Bonaparte oV « la glorieuse el étonnante situation militaire de la République. »

Moreau, abandonné seul en Bavière, à cent lieues de la France, dut aussi se décider à faire retraite; mais cette retraite, habile cl triomphante, l'a placé, plus que ses victoires même, au rang des grands capitaines; elle exerça sur le moral de l'ennemi presque autant (1* influence que I eussent fait des batailles gagnées; el tandis que les ministres anglais annonçaient que son armée allait être prise, « comme une borde de bohémiens, » il se trouva en état d'envoyer des renforts en Italie pour compléter la campagne.

« Je n'aime pas les grands faiseurs de retraite, » dit Napoléon. C'est que lui-même ne savait qu'attaquer : il dut tous ses succès à l'art d'employer les qualités offensives du Français, qu'il ne croyait guère capable d'autre chose : « La retraite les -avait démoralisés, impossible de les arrêter, » dit-il de ses soldats après Leipzig el Klanau; paroles d'abattement dont un écrivain étranger a pu s'autoriser pour porter ce jugement : « C'est la meilleure troupe dans les mains d'un vainqueur; mais malheur à celui qui doit compter sur elle dans le revers 1 ! » Moreau prouva, en 1 7110, que, sous un chef qui ne se décourage pas lui-même, le soldat français peut se montrer calme, patient, prudent, sans trouble, sans emportement; et, grâce à lui, nos affaires furent assez rétablies pour que la marche générale de la campagne n'éprouvât qu'un ajournement.

Carnot en eut tant de reconnaissance, qu'il oublia que Moreau, par un excès de circonspection, et en re-

1 Aphorisme* sur l'art delà guerre. DpuL<cheTiertdjahradiriA, 1858.

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tardant l'ouverture des hostilités, avait aussi compromis ses plans : « 0 mon cher Fabius! » ce cri s'élança de Min cœur patriotique : on pardonne aisément les fautes de celui qui sait si bien les réparer1.

Jourdan, après avoir d'abord accusé Moreau de son revers, a essayé de tout rejeter sur le plan du Directoire. Au dire des hommes du métier, ce plan n'était point sans défaut; mais lorsque Jourdan assure qu il s'y est conformé et que c'est là ce qui l'a perdu, il cesse d'être dans le vrai, (l'est précisément en s'en écartant qu'il fut battu; c'est surtout parce qu'il mil dans ses opérations une lenteur que les lettres du Directoire permettent de regarder comme une formelle désobéissance. — Il se plaint des ordres qu'on lui donnait, trop précis, et qui ne lui laissaient pas assez de liberté. Il est vrai que les instructions envoyées à Hoche et Bonaparte avaient une forme différente; mais cela signifie tout simplement que l'on ne mettait pas Jourdan sur la même ligne : c'est aussi la raison qui avait empêché de lui confier toute la conduite de la guerre en Allemagne. — Le même général s'élève contre la prétention de diriger les armées sans sortir d'un cabinet parisien. Mathieu Dumas, qui mérite de faire autorité en pareille matière, lui répond : « Qu'on cesse de traiter de chimère celle grande pensée; il est prouvé qu'on peut ainsi conduire la guerre avec succès. Paris est, par rapport aux frontières du nord et de l est de la France, et par le grand nombre et la facilite des communications, le point central le plus convenable pour une telle direction. On

1 Même expansion do gratitude envers le général dool les sucras on Italie sont venus presque aussitôt consoler la république : transporté •l'enthousiasme après les audacieux faits d'armes de Hovercdn et de Itass.mo. il lui promi'l l'immortalité.

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chercherait vainement en Europe une position semblable; on ne trouverait point ailleurs cette heureuse divergence des rayons, ces distances moyennes si favorables à l'ensemble et à la célérité des mouvements. Mais, pour réduire en pratique cette théorie, il ne faul pas moins qu'une volonté tellement absolue, qu'à l'instant même où les ordres parviennent à l'un des points de la ligne, on soit assez assuré de l'obéissance la plus entière pour y faire correspondre tout le reste du système *. »

Le fait est que Jourdan témoigna dans toute cette campagne beaucoup de mauvais vouloir et de mauvaise humeur. Lorsque la démission de Pichegru fut acceptée, il crut obtenir du Directoire le commandement en chef des deux armées réunies, et se montra fort désappointé de voir Moreau remplacer Pichegru. Il ne s'était pas bien entendu avec ce général et ne s'entendit pas mieux avec son successeur, malgré les lettres pressantes qui leur recommandaient l'union. On peut donc croire qu'il ne fit pas de très-grands efforts pour seconder les mouvements de Moreau, et qu'il ne fut pas fâché de trouver occasion d'agir seul et à distance. Jourdan n'avait pas le caractère facile, et il convient lui-même que, pendant le cours de la campagne, il se trouva en mésintelligence avec plusieurs de ses généraux divisionnaires.

Mais, quelque opinion que l'on adopte à ce sujet, il ne faut pas oublier, et la France n oubliera jamais les grands services rendus par le vainqueur de Fleurus : un général qui fut si souvent heureux sur les champs de bataille peut être malheureux une fois sans que sa gloire soit amoindrie.

1 Des résultais de la dernière campagne.

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Aussi, lorsque Jourdan, découragé, voulut se retirer, le Directoire, bien inquiet pourtant des conséquences de ce découragement sur le moral des soldats, le laissa renouveler sa demande; enlin Carnot lui écrivit :

« Paris, 9 septembre 1796.

« Les instances avec lesquelles vous avez demandé au Directoire votre remplacement dans le coinmandement de l'armée de Sambre-ct-Meuse ont pu seules le porter à obtempérer à cette prière. Il a pensé que les services que vous n'avez cessé de rendre à la République exigeaient qu'il vous confiât un poste honorable et important. Il s'est déterminé à vous donner le commandement de l'armée du Nord, où vous continuerez, jusqu'à ce que les circonstances permettent au Directoire de nouvelles dispositions, à assurer la tranquillité des pays en partie conquis par vos armes. »

Jourdan remplaçait Beurnonville à l'armée du Nord, et Bcurnonville remplaça Jourdan à celle de Sambrc-et- Meuse; mais ce ne fut que pour attendre Hoche, qui ne tarda pas à restaurer les affaires.

lîoche venait de cueillir dans la Vendée des lauriers plus précieux pour l'humanité que ceux de Bonaparte, de Moreau et de Jourdan.

« La correspondance du général Hoche nous montre un homme éclairé, qui veut, comme nous, la fin de cette guerre déplorable, » écrivait le Comité de salul public aux représentants près de l'armée de l'Ouest.

Voilà pourquoi, sous le Directoire, Hoche; avait reçu

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le commandement on chef de cette armée, avec un plan nouveau d'opérations, et avec la belle mission de pacilier la malheureuse Vendée à force d'énergie et de clémence : « S'il est encore besoin d'une parole paternelle, prononcez-la; mais marchez en même temps, » écrit-il à lun de ses lieutenants chargé de soumettre une commune rebelle.

Hoche avait demandé, pour en finir plus tôt, une dictature militaire et la suspension des lois civiles et constitutionnelles; et celle demande lui valut des dénonciations contre lesquelles le Directoire sut le défendre. Son intention, d'ailleurs, était si peu équivoque, qu'il releva sévèrement l'expression fâcheuse de gouvernement militaire employée par un général dans une proclamation : « Sachez, » lui écrivit-il, « que, fils aînés de la dévolution, nous abhorrons nous-mêmes le gouvernement militaire proprement dit : il est celui des esclaves; et à ce litre il ne peut convenir à des hommes qui oui acheté de leur sang la liberté française. »

Sur sa ligne de conduite, voici comme il s exprime; et nous aimons à faire remarquer que ses lettres au Directoire, pendant la campagne de l'an IV, reproduisent souvent, presque dans les mêmes termes, les lettres que Carnot lui avait adressées du Comité de salut public pendant la campagne de l'an III1.

« 11 faut occuper le pays par des postes retranchés dans lesquels on formera des manutentions de pain, et avoir quatre colonnes mobiles qui le parcourront en tout sens... Il faut le désarmer... fondre impétueusement sur les moindres rassemblements... traiter humainement les femmes, les cnfanls, les vieillards, et ne

* Voir noire premier volume, p. 41m.

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