‹ Mémoires sur CarnotChapitre 3 sur 235 · IDÉES CONSTITUTIONNELLES · texte numérisé non relu

IDÉES CONSTITUTIONNELLES

En présence des difficultés qu'il prévoyait durant le passage de l'état révolutionnaire à l'état constitutionnel, il voulait attribuer au pouvoir exécutif une part d'action plus large que ne le faisait la nouvelle loi politique. Il importait, suivant lui, que ce pouvoir pût s'exercer dans un cercle légal assez étendu pour n'avoir pas la tentation d'en sortir. Mais il repoussait toute restauration du régime monarchique, sous quelque forme, sous quelque nom, sous quelque prétexte que ce put être.

Quant a la composition quintuple du Directoire, Carnot disait : « Votre exécutif va se mettre à discuter tout comme le législatif; de sorte que les destinées de l'État dépendront des humeurs de cinq personnes; et plus ces humeurs seront en désaccord, plus l'Etat éprouvera de fluctuations. »

Les objections de Carnot étaient graves ; mais ses amis, craignant que leur éclat à la tribune, sans faire changer d'avis une majorité qui semblait décidée, n'affaiblît l'autorité morale de la loi, firent une démarche auprès de lui pour l'inviter à ne pas donner à son opinion cette publicité officielle. Il y consentit aisément, perdant peut-être par son silence un peu de célébrité, mais gagnant bien au delà dans l'estime des hommes sérieux. Fidèle jusqu'au bouta ce qu'il regardait comme un devoir de citoyen, dès que la Constitution eut été promulguée, il s'abstint de toute improbation à son sujet .

Tant d'agitations, tant d'alarmes avaient ébranlé les âmes les plus vigoureuses; elles avaient laissé chez le

n MÉMOIRES SUR CARNOT.

grand nombre une extrême lassitude, et ce doute des principes qui est un acheminement vers le mal. Ce fut l'heure des défaillances et des trahisons. Nous n'aimons pas assez à trouver la nature humaine en faute pour rechercher curieusement les noms de ceux qui se laissèrent entraîner ù des pactes avec l'ennemi. C'est un métier utile, sans doute, mais qui nous sourit peu, que celui d'exécuteur des hautes œuvres de l'histoire.

L'événement démontra combien avaient été prévoyants les décrets de fructidor, qui ne laissaient à l'élection générale qu'un tiers de la nouvelle législature, puisque, grâce aux manœuvres de la réaction, aidées par les souvenirs de la terreur, ce tiers fut composé, en grande partie, dans un esprit contre-révolutionnaire.

Aussi les républicains, qui, grâce à ces décrets, se trouvaient encore en majorité dans les conseils, comprirent-ils bien vite la nécessité de prendre des précautions contre un envahissement du pouvoir exécutif. Afin de composer un noyau gouvernemental qui demeurât ferme dans la ligne révolutionnaire, ils résolurent de ne nommer au Directoire que d'anciens conventionnels, irrévocablement séparés du royalisme par leurs votes dans le procès de Louis XVI.

Mais, parmi ceux qui remplissaient cette condition, beaucoup avaient suivi, pendant les événements, des routes très-divergentes. On transigea sur les personnes, de manière à rallier le plus de voix possible.

La grande célébrité de Sieyès fixait naturellement les yeux : son nom serait sorti le premier de l'urne s'il eût pu compter comme amis ses nombreux admirateurs.

Larevellière-Lépaux avait pris la défense des Girondins et partagé leur proscription. Sa candidature fut

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