‹ Mémoires sur CarnotChapitre 35 sur 235 · INTÉRIEUR DE CARNOT · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR DE CARNOT

y voyait aussi une femme simple dans sa mise, de tenue modeste et d'un air respectable, qui traitait le directeur avec une douce familiarité, et pour laquelle lui-même avait beaucoup d'égards. C'était une dame Delorme, qui, placée à la tête de la maison d'Aumont, avait eu pour le jeune pensionnaire de l'institution Delongpré des attentions presque maternelles. On y voyait aussi les fils de la maîtresse de pension qui l'avait soigné pendant une maladie d'enfant, à Autun; car il n'oubliait jamais un service rendu, si ancien qu'il fut.

Une délicatesse de tolérance, que l'on cite de lui, ne semblera pas puérile : lorsque le directeur croyait avoir parmi ses convives, un vendredi, quelque scrupuleux observateur des prescriptions de l'Église, il recommandait aux domestiques de placer à sa portée des plais maigres, afin qu'il pût se servir lui-même sans s'afficher et sans provoquer une raillerie.

Voici un trait qui valut à Carnot un de ses amis les plus dévoués :

Un jour se présenta chez le directeur, vêtue de deuil, la veuve d'un général de brigade qui venait de mourir a l'armée des Alpes; elle donnait la main à un jeune homme en costume d'élève de l'école de Mars. Madame Sansonnet venait solliciter une pension, qu'elle croyait bien due aux services de son mari, et qui était nécessaire à ses quatre enfants. Carnot l'accueillit avec bonté, examina lui-même son dossier, et reconnut avec chagrin que le général, né à Liège, n'avait pas figuré assez longtemps sur les états militaires français pour constituer la situation légale de sa veuve. Il déclara donc tristement à celle-ci que les bureaux de la guerre ne pourraient pas faire droit à sa demande. Puis il interrogea le jeune Joseph sur ses études, se montra fort

satisfait de la vivacité et de l'intelligence de ses réponses, et engagea madame Hansonnet à présenter son fils à l'Ecole polytechnique, promettant de l'y suivre de sou patronage.

La pauvre dame quitta le directeur, affectée de son insuccès, mais heureuse du hon accueil qu'elle avait reçu. A peine rentrée chez les amis qui lui donnaient asile à Paris, on lui apporta une dépêche du ministère de la guerre, que Carnot était allé sur-le-champ faire expédier : c'était un secours extraordinaire provisoire, la seule chose qui légalement pût lui être accordée, mais équivalant à la pension militaire qu'elle avait réclamée, et qui allait lui permettre d'entretenir son fils à Paris jusqu'à l'entier achèvement de ses études. Deux autres fils plus jeunes furent admis, sur la recommandation de Carnot, à l'école de Liancourt.

En continuant la hiographie de mon père, je retrouverai plus d'une fois le nom de Joseph Hansonnet attaché aux jours les plus importants de sa vie.

Nous avons dit que Carnot, en entrant au Directoire, avait eu l'espérance qu'il pourrait y former une majorité avec Larevellière-Lépaux et Le Tourneur. Celui-ci, déjà son ami personnel, partagea bientôt ses vues politiques; mais Carnot ne réussit pas auprès du premier. Vainement il employa comme intermédiaire un savant que tous deux estimaient, le géologue Faujas de Saint-Fond; Larevellière se rapprocha de Barras, et par Barras de Hewbell .

Hewbell avait du mérite comme administrateur; Carnot, qui n'était pas payé pour en dire du bien, et qui le maltraite en effet, beaucoup, lui rend cette justice: « Parmi les triumvirs, Hewbell est le seul qui ait un plan suivi et des connaissances positives; mais il croit la

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