‹ Mémoires sur CarnotChapitre 42 sur 235 · MANŒUVRES ROYALISTES · texte numérisé non relu

MANŒUVRES ROYALISTES

cun avait besoin de reprendre haleine comme après une course effrénée; et l'on semblait d'acconl pour accepter le gouvernement du Directoire comme une période de calme et de réparalion.

D'autres sentiments dominaient dans la petite cour nomade des Bourbons, si l'on en juge par les pièces saisies chez les conspirateurs de ce parti. Mais le prétendant avait jugé habile de couvrir d'une forme légale les attaques dirigées contre la Hépubliquc. Une note royale, datée de Blankenbourg (24 novembre 4796), donnait pour mot d'ordre aux amis de travailler au succès des prochaines élections.

Malgré la réaction naturelle qui avait suivi les excès terroristes et la force que celle réaction prétait momentanément aux opinions rétrogrades, celles-ci ne pouvaient pas espérer de faire élire par le peuple français une majorité contraire aux tendances qu'il suivait depuis six ans avec un persévérant enthousiasme. Il fallut le tromper : les candidats royalistes cachèrent leur drapeau et se présentèrent comme partisans d'une république modérée. Après la république violente, c'était un passe-port habile.

L'Angleterre avait autrefois vu le même jeu : les cavaliers se mêlèrent aux affaires publiques en se donnant pour républicains. Puis, « la restauration venue, ils jetèrent le masque, alléguant, dit l'historien Burnel, qu'ils s'étaient montrés partisans de la liberté pour embarrasser ceux qui gouvernaient sans en avoir le droit; mais que, le gouvernement étant redevenu légitime, ils redevenaient naturellement les soutiens de l'autorité monarchique. »

Duverne porte ù 184 le nombre des membres de la nouvelle assemblée qui avaient réussi à la faveur du men-

songe. C'est une grande exagération, et lui-même est obligé de convenir que deux députés seulement s'étaient mis en rapport avec lui. Quant à l'élection dePichegru, célébrée par les royalistes comme un triomphe, et qui leur tournait la tête, il serait juste d'y voir surtout un résultat du prestige qui chez nous s'attache aux idées d'armées et de guerre. Les électeurs d'Arbois étaient loin de connaître les intrigues criminelles dont on soupçonnait le général, et même la position politique qu'il avait prise depuis quelque temps. Ils honoraient simplement en lui ur e illustration militaire1. C'est au même titre que l'on vit arriver au Corps législatif le général Jourdan, qui professait des opinions tout opposées.

Cependant, l'espèce d'ovation que les réactionnaires du Conseil des Cinq-Cents firent à Pichegru lorsqu'il entra dans la salle donna une signification plus précise à son élection, ainsi qu'au vote qui lui décerna la présidence. Barbé-Marbois eut le fauteuil chez les Anciens ; Vaublanc, Henri Larivière, Siméon, Parisot, furent portés aux fonctions de secrétaires : l'apparition simultanée de ces noms hostiles à la République était un symptôme menaçant.

Il s'agissait de remplacer Le Tourneur au Directoire. I^s candidats qui semblaient avoir le plus de chances étaient Beurnonville, Masséna, Kléber, Augereau, force

1 On n'avait, au Directoire même, aucune donnée positive sur la trahison de I'ichegru ; si bien que, |ieu de temjis avant les élections (en pluviôse an V), on lui offrit le commandement de la huitième division militaire, en remplacement de Wïllot. accusé de royalisme. Pichegru, retiré alors dans l'ancienne abbaye de Belvaux, qu'il avait achetée, refusa, sous prétexte qu'il avait vendu ses équipages et n'était pas en mesure de les remplacer. On peut supposer que le Directoire cherchait a empêcher le général de devenir un drapeau politique; et que le général, au contraire, 9t laissa séduire par cette ambition.

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