ÉLECTION DE BARTHÉLÉMY. I0.S
soldats d opinions diverses; puis Cochon, le ministre, et Barthélémy, l'ambassadeur. Les audacieux du parti royaliste voulaient Beurnonville, un général pour un coup de main au besoin. « Il fallait, » dit un historien qui a révélé les intentions de ce parti, a il fallait que les directeurs vissent devant eux un adversaire capable de tous les genres de résistance1. » Mais les audacieux sont habituellement en minorité : le club de Clichy, trèsmélangé de réactionnaires violents, de réactionnaires modérés, même de quelques républicains, donnait la préférence à Barthélémy.
Cochon était le candidat de Carnot, qui le croyait propre à former un trait d'union entre lui et Larevel- Hère ; car il ne désespérait pas encore d'amener celui-ci à partager sa manière d'envisager la situation. Il avait, d'ailleurs, beaucoup de confiance en Cochon, homme actif, sagace, résolu dans l'occasion, attaché aux principes modérés, mais engagé dans la Révolution, puisqu'il avait constamment marché avec la gauche à l'Assemblée constituante et voté la mort de Louis XVI à la Convention. Ce vote le faisait repousser par les royalistes, en même temps qu'il était exclu par les amis de Hewbell et de Barras, à cause de son intimité avec Carnot.
Il eût été plus prudent, néanmoins, de la part des républicains, de se rallier à sa candidature ; car, en la refusant, ils favorisaient celle de Barthélémy, sur laquelle se portaient leurs adversaires. Barthélémy fut élu. Ce résultat exaspéra Barras et Rewbell. On assure que ce dernier conçut dès lors le projet de mutiler la représentation nationale.
Barthélémy, ancien employé aux affaires étrangères,
« Dolarue, Histoire du 18 fructidor.
sous le duc de Choiseul, avait vécu de cette vie de fonctionnaire qui ne développe aucune spontanéité. Agent du Comité de salut public en Suisse, il avait servi la République avec autant de ponctualité que la Monarchie; il avait même exécuté avec rigueur les lois portées contre les émigrés; et Robespierre, la défiance incarnée, l'avait soutenu dans son poste. C'était un instrument à la disposition de tout vainqueur, et un bon instrument entre des mains habiles. « Je voulais rendre la République administrative, » dit-il dans ses Mémoires : voilà tout son bagage d idées au Directoire, où sa faiblesse était si grande, qu'il n'osait pas soutenir une opinion. Barthélémy n'était pas bourbonnien, au fond il n'était rien ; mais la monarchie devait convenir mieux que la république à cette nature neutre. Les royalistes l'avaient jugé ainsi : heureux de trouver en lui une notabilité, presque une popularité, acquise par la conclusion de la paix de Bâlc, ils s'empressèrent d'en faire leur candidat. Le pauvre homme ne tarda pas à maudire le souffle d'ambition qui l'avait poussé sur cette mer houleuse, pour laquelle il n'était pas fait.
Carnot n'avait point désiré Barthélémy pour collègue; il l'accepta, sans en attendre un grand secours; et chargé, comme président du Directoire, de lui donner l'accolade, il le fît de bonne grâce, en lui disant d'un ton affectueux : « Vous avez su, cher collègue, dans «les temps difficiles, faire respecter la République au dehors, lui conserver d'anciens et fidèles alliés, et neutraliser la malveillance de ceux qui voulaient lui susciter de nouveaux ennemis... Vos vastes connaissances et l'esprit de modération qui vous anime sont un sûr garant du succès avec lequel vous travaillerez avec nous à l'achèvement du grand œuvre de la paix. »