CHANGEMENTS MINISTÉRIELS
sèment d'esprit, on risque de fausser son jugement et d'endurcir son âme. Il faut que notre conscience se tienne bien éveillée pour nous préserver de celte chute. Quelques hommes de loi n'ont pas joué un rôle heureux dans la Révolution. Je ne veux pas parler de certains noms trop connus, la race des Jeffreys no fait jamais faute; mais ce sont des légistes qui formèrent le tribunal révolutionnaire et qui travaillèrent sans cesse à en augmenter les pouvoirs. Merlin passa pour être l'àmc du complot de fructidor : on comptait sur son grand savoir pour légitimer au besoin la violation des lois.
Le parti constitutionnel, dans ses pourparlers avec le Directoire, demanda, comme gage de conciliation, le renvoi de ce ministre et celui de Delacroix. Les royalistes firent effort dans le même sens pour renverser le ministère entier : faute de mieux, c'était toujours un peu de désorganisation.
Nous allons emprunter à nos Mémoires de famille un récit de ce qui se passa à cette occasion :
« Lorsqu'on en parla d'abord à Carnot, il témoigna de la répugnance devant cette immixtion inconstitutionnelle du Corps législatif dans les attributions executives. Toutefois, l'insistance fut si grande et la nécessité d'un bon accord était si vivement sentie, qu'il céda, à celte condition que les négociateurs se chargeraient d'obtenir Passentiment de deux autres directeurs, afin de former une majorité. Barthélémy donna le sien; Rcwbellet Larevellièrc refusèrent formellement. Barras répondit qu'il appuyerait volontiers le changement, pourvu que Carnot) dont l'avis aurait plus de poids que le sien, prît l'initiative de la proposition. Carnot y consentit, supposant que Barras voulait éviter de se brouiller personnellement avec les ministres disgraciés. 11 proposa donc le
remplacement des deux ministres qui s'étaient rendus intolérables à la majorité des Conseils. Mais Barras, soit qu'il eût joué une indigne comédie, soit qu'il eût été relourné par ses collègues, au lieu de voter avec Carnol et Barthélémy, passa de l'autre bord. ïl s'éleva une discussion très-orageuse, à la suite de laquelle un vote changea tous les projets : Merlin conserva ses fonctions, et les ministres désignés pour rester furent éliminés. Carnot avait déjà éprouvé de semblables déceptions de la part de Barras; mais, malgré le peu de cas qu'il faisait de lui, il ne se lassait jamais de croire que tout homme peut êlre ramené au bien. Le triumvirat, par cette manifestation significative, jetait le gant à la fois à la minorité du Directoire et aux deux Conseils. On s'en réjouit à Clichy, où l'on comptait sur l'excès du mal. Carnot, qui avait un moment espéré la fin des dissensions intestines, s'abstint désormais le plus possible, dans ses rapports avec ses collègues, des contacts qui pouvaient amener de nouvelles meurtrissures, et il voua tous ses efforts à la conclusion de la paix. »
C'est ainsi que l'on vit apparaître au ministère l'inhabile et peu estimable Schércr; Soltin, qui au 18 fructidor proposait de fusiller une quarantaine de membres du Corps législatif et de journalistes, et Talleyrand-Périgord, une antipathie de Carnot.
Comment l'ancien évêque d'Àutun arriva-l-il au poste important de ministre des alfaires étrangères? car il était également désagréable à Bewbcll, et Barras aussi ne l'aimait pas. Entrer dans un gouvernement où personne ne veut de vous, ce n'est pas mal jouer. Madame de Staël, dit-on, gagna d'abord Barras, en lui promettant un homme dévoué à sa cause personnelle. Barras amena Larevrllièrc, et tous deux firent une charge sur Bcwbcl!