‹ Mémoires sur CarnotChapitre 47 sur 235 · ADRESSES DES ARMÉES · texte numérisé non relu

ADRESSES DES ARMÉES

cl l'emportèrent, malgré l'opposition do Garnot, qui exprima sa répugnance dans les termes les plus vifs : « Il y a, disait-il, dans l'obséquiosité de cet homme quelque chose qui le met au-dessous de la bêle. » On lui attribue aussi ce jugement : « Il a de Itichclieu la calolte el l'astuce, mais pas le génie. »

L'horizon s'assombrissait de plus en plus, et les deux partis se disposaient à la lutle.

I>es Conseils se donnèrent une sorte de gouvernement dans la commission de leurs inspecteurs (fonction analogue à celle des questeurs dans nos as>emblécs parlementaires); ils se donnèrent une force armée en réorganisant leur garde, el des généraux dans la personne de Willot et de Pichegru. Enfin ils pressèrent une recomposition de la garde nationale par voie d'élection : les Clichicns esj>éraîent, en trompant l'opinion, y faire pé- . nétrer en masse les insurges de vendémiaire; ils avaient aussi trouvé moyen d'amener dans Paris un certain nombre de chouans.

De leur côté, les trois directeurs coalisés firent venir beaucoup d'olïiciers réformés ou en demi-solde, mécontents disponibles pour un acte de violence; ils provoquèrent de la part des armées unii foule d'adresses menaçantes et injurieuses pour les Conseils législatifs : manifestations séditieuses, puisque la loi interdisait aux corps armés toute délibération. Les soldats de Moreau se conformèrent seuls à l'esprit de la Constitution, tandis que ceux de Bonaparte se distinguèrent par l'exaspération de leur langage démagogique. Toutefois Bonaparte, jaloux de se réserver les hasards de l'avenir, lit dire secrètement aux modérés qu'il avait subi une pression irrésistible.

Depuis longtemps déjà le plus audacieux des trium-

virs, Barras, s'était assuré les moyens d'un coup de main, peut-être dans une arrière-pensée personnelle1. 11 avait envoyé au général Hoche, qui commandait l'armée de Sambre-et-Meuse, mais qui était désigné pour une nouvelle expédition en Irlande, l'ordre de diriger vers Brest une partie de ses troupes, en les faisant dévier de la ligne droite, de manière à se rapprocher de Paris. Et tout le long du chemin on entretint ces soldats de l'idée qu'ils étaient appelés pour mettre les Conseils à la raison. Hoche croyait Garnot d'accord avec Barras, et, dans son effervescence jacobine, il était disposé à en finir militairement avec le royalisme. « Hoche, dit Barrère, avait dans l'esprit une sorte d'immodération qui ne lui permettait pas le repos. » 11 vint de sa personne à Paris, tandis que ses troupes se massaient aux environs.

Le 28 messidor, le jour môme de la crise ministérielle, on apprit l'arrivée de quatre régiments de chasseurs à cheval, avec une partie de l'état-major de l'armée de Sambre-et-Meuse, à la Ferlé-Alais, petite ville située à onze lieues de Paris. Ces soldats avaient donc franchi la limite du rayon constitutionnel de six myriamètres, interdit à la force armée autour de la résidence du Corps législatif.

Le ministre de la guerre (c'était Pétiet, encore en fonctions) ne fut instruit du fait que par une lettre des officiers municipaux de la Ferté-Àlais, qui se plaignaient à lui de tant de logements militaires. Il se rendit chez

1 Carnot-Feulins m'a raconté que, dinant chez Barras, assez peu de temps avant la journée de fructidor, et les convives s'étant dispersés dans le jardin avec leurs tasse* de café, Madame Tallien, fort connue par son attachement pour l'amphitryon, se mit à dire : • C'est une belle position que celle de directeur; mais à mon avis il ne devrait y en avoir qu'un. » — Ce que Foulins regarda comme une étourderic ou comme un ballon d'essai.

Page 1