MISSION POLITIQUE DU DIRECTOIHE
fails que la fortune militaire de son pays dépendait de sa présence au gouvernement. Mais Carnot ne connaissait d'autre but que celui du patriote homme d'État: il répondit à 1 appel national, et, quelques semaines après, la victoire redevenait fidèle aux drapeaux de la France1. »
Lorsqu'on pénètre bien l'idée que se formait Carnot de la mission du Directoire, on comprend bien aussi son attitude dans ce nouveau gouvernement, et l'on comprend de même pourquoi cette altitude fut méconnue par des hommes de très-bonne foi.
Carnot s'était franchement servi des moyens révolutionnaires pour défendre la France contre des périls innombrables, et pour y fonder la République; il n'avait exclu de ces moyens que ceux qui répugnaient à ses sentiments de justice et d'humanité; et lorsque des hommes que les mêmes scrupules n'avaient point arrêtés se trouvèrent, pour ce fait, en butte à la vindicte publique, il pensa que le souvenir de leurs services devait dominer celui de leurs fautes.
Mais, le but obtenu, il fallait, selon lui, se hâter de rentrer dans les voies régulières. A la période de dictaturc devait succéder une période de liberté constitutionnelle : le travail du Directoire était de réconcilier les Français avec le régime légal; le travail de la France, après avoir montré aux peuples une révolution victorieuse de tous ses ennemis, était de leur montrer, exemple plus glorieux encore, une nation sachant se contenir elle-même et organiser la liberté qu'elle a con-
• Lord Bruughiiiu. SUUetmcn of llic lime of George III. - Hommes d*ftta1 du temps de George III.
quisc : magnifique tableau de la modération dans la force, propre à séduire tout cœur généreux.
Les révolutions sont des crises héroïques et douloureuses, pendant lesquelles une génération entière immole son repos et son bien-être aux générations à venir. Mais les révolutions, comme toutes les crises, ont une durée limitée, que les amis de l'humanité doivent s'efforcer d'abréger, pour atteindre une ère de libre progrès, où la société se transforme sans se sacrifier.
Si les troubles publics développent les grands courages et les grands dévouements, ils accoutument les esprits à considérer la loi comme une gêne et non comme une garantie de la liberté; ils pervertissent, en se prolongeant, l'éducation civique.
Nous allons donc voir Carnot apparaître sous un jour tout nouveau : l'homme de la Révolution va devenir, avec le même zèle et la même fermeté, l'homme de la Constitution. S'il a montré quelque indulgence pour des actes ultra -révolutionnaires en temps de passions ardentes, il est résolu à réprimer sévèrement de pareils actes, qui sont maintenant des anachronismes. « On n'a pas toujours la fièvre, » disait-il souvent alors, « lejieuple veut la révolution qu'il a faite, mais il ne veut pas une révolution perpétuelle. » Dans cette phase de sa carrière, comme dans la précédente, observateur respectueux de l'opinion publique, il s'efforce de la servir comme elle désire être servie.
Ce changement ne sera ni du goût de tout le monde ni compris par tout le monde : tel révolutionnaire qui a nommé au Directoire un membre du Comité de salut public, afin qu'il porte les errements du Comité de salut public au Directoire, va regarder son élu comme un défectionnaire. Tel conservateur qui l'a vu arriver avec