‹ Mémoires sur CarnotChapitre 6 sur 235 · MISSION POLITIQUE DU DIRECTOIRE · texte numérisé non relu

MISSION POLITIQUE DU DIRECTOIRE

appréhension au pouvoir suprême, étonné qu'il en use avec autant de réserve, croit qu'il s'est opéré en lui quelque grande conversion. 11 n'y on a pas d'autre que le sentiment d'une situation nouvelle.

Inaugurer le règne des lois après tant de dictature, Taire succéder le calme à tant d'agitation, et la concorde à tant de haine, voilà la tâche qu'il a entreprise. Carnot, nous l'avons dit, aurait désiré que la transition fût facilitée par des institutions moins compliquées et plus fermes, qui eussent donné au pouvoir exécutif une plus grande action légale et qui eussent mis ce pouvoir mieux à l'ahri des conflits de personnes. Cependant il avait accepté courageusement une position dont nul ne mesurait les embarras et les dangers avec plus de justesse et de lucidité, plein d'espoir dans le bon sens national, pour corriger par l'exercice et l'expérience les imperfections du pacle politique.

Cette disposition cl cet espoir de Carnot sont heureusement indiqués par un biographe qui semble avoir parfaitement compris ce temps de sa vie :

« Carnot n'avait pas pour les textes une vénération superstitieuse; mais, une constitution une fois établie, il voulait que la volonté générale s'y incarnât comme l'àmedans le corps, se reposant sur l'invincible virtualité qui est en elle pour redresser ensuite naturellement celte enveloppe matérielle1. »

Le nouveau pouvoir exécutif était composé, comme nous l'avons vu, d'hommes sur lesquels leurs précé-

1 Encyclopédie nouvelle^ article de M. Th. Fabas.

IC HÉMOIKES SIH CABNOT.

dents attiraient nalurcllenienl les yeux ; mais aucun de leurs noms ne projetait cette lumière magique qui aide à gouverner les masses en les éblouissant. Carnot luimême, avec sa renommée de talent et la confiance universelle qu inspirait sa probité, ne possédait pas un tel prestige. Sa popularité était spéciale, si l'on peut s'exprimer ainsi, comme défenseur du territoire. Les grandes célébrités révolutionnaires s'étaient éteintes avec Danton et Robespierre (elles n'eussent plus été de saison); et quant aux célébrités des champs de bataille, on s'en défiait parce qu'on redoutait les tendances dictatoriales. Cette absence d'autorité personnelle ne fut pas un des moindres obstacles du Directoire à son début ; il lui fallut, pour y suppléer, un déployemcnl d'habileté dont on ne lui a pas assez tenu compte. ■

Quant à Carnot, aux difficultés de position qui lui étaient communes avec ses collègues, venaient se joindre d'autres difficultés qui résultaient de sa posilion particulière.

Il savait que son titre d'ancien membre du gouvernement révolutionnaire l'exposait à des préventions. Mais il ne s'attendait guère a voir I.ewbcll et Barras feindre de partager ces préventions et de se trouver compromis par la collaboration d'un terroriste: comédie assez étrange de la part de Barras surtout, qui avait si chaudement servi la Terreur. Tout au plus devait-il appréhender quelque éloignement chez Larcvcllièrc, victime du 51 mai, et qui pouvait ignorer l^pposititm personnelle de Carnot à ce coup d'État. Carnot ne négligea rien pour se concilier sa bienveillance, mais sans y réussir : Larevcllièi e s engagea de plus en plus avec deux hommes que Carnot ne pouvait aimer ni estimer. De là , une irritation qui alla croissant.

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