‹ Mémoires sur CarnotChapitre 51 sur 235 · DISPOSITIONS PACIFIQUES · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS PACIFIQUES

un simulacre de premières avances, en envoyant un négociateur à Paris, et le vieux général autrichien Beaulieu écrivait au Conseil de l'Empire : « Dépêchez-vous de faire la paix, à quelques conditions que ce soit . »

Une politique sage, simple et droite, accompagnant nos victoires, avait obtenu ces succès.

Nous avons cité, dans notre premier volume (p. 470), un mémoire rédigé par Carnot pour le Comité de salut public, sur les résultats à tirer de la campagne de 1794. Malgré les triomphes de nos armées, Carnot adjurait ses collègues de gouvernement, au nom des principes proclamés par la déclaration des droits et au nom des intérêts de la France, de ne point se laisser séduire par l'esprit de conquête. Ce qu'on nomme le droit de la guerre eût certainement justifié un accroissement du territoire de la République victorieuse ; et pourtant il n'ambitionnait pas cette gloire, content du domaine national, ainsi qu'un prudent père de famille se contente de son domaine. Carnot considérait d'ailleurs les barrières de Louis XIV, ce qu'il appelait la frontière de fer, comme équivalentes, au point de vue de la défense, à la grande limite du Rhin; et lorsqu'il provoqua la réunion de la Belgique, ce fut en se plaçant à un point de vue particulier de stratégie, et raisonnant dans l'hypothèse d'une guerre contre les Anglais

Il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que le proconsul conventionnel le plus connu par son ardeur belliqueuse, Merlin (de Thionville), vers la même époque, écrivait au Comité de salut public : « Donnez-nous la paix, dussions-nous rentrer dans nos anciennes limites, »

' Un homme dont l'opinion militaire mérite attention, Dumouricz, dit : t La fameuse barrière du Rhin n'est bonne que sur la carte. » (De la liépublique, nu coup d'œil politique sur l'avenir de la France. 1707.)

et qu'il eût consenti à acheter celle paix parla cession de la Bavière à l' Autriche. Il fallait du courage pour se montrer aussi modeste.

Le Comité de salut public entra dans ces idées, et rédigea, d'après elles, les instructions des généraux.

Carnot apporta la même politique au Directoire. Lorsque de nouveaux succès eussent autorisé de nouvelles prétentions, il s'en abstint, répétant, après Rousseau : « Quiconque veut être libre ne doit pas vouloir être conquérant. » Mais, jaloux d'étendre l'influence de la France et d'accroître ses moyens de prospérité, il pressa vivement le Directoire de conclure avec l'Espagne un traité qui devait nous rendre la Louisiane et la Floride1.

Quel que fût le patriotisme deCarnot, et précisément à cause de ce patriotisme, un simple accroissement de territoire le trouvait assez indifférent; mais il se montrait sensible à toute conquête faite par la France au profil des idées civilisatrices.

« L'Autriche, disait-il, est tellement décontenancée par nos victoires qu'elle a perdu sa vieille boussole. Le prince Charles, mis à la tête du Conseil, fait prévaloir nos principes dans le militaire : il donne de l'avancement à des soldats qui ne seraient jamais devenus officiers, et il élève des officiers qui jamais n'eussent atteint les grades supérieurs sous l'ancien régime. Voilà les plus glorieuses victoires de la Révolution. Notre République gagnera plus en faisant avancer 1 Autriche dans celle voie qu'en la dépouillant de ses provinces. »

Non-seulement Carnot s'exprimait ainsi dans ses con-

1 Ces contrées peuplées de Français uni été vendues plus lard, ta Louisiane eu 1 S'05 par Napoléon pour quatre-vingts millions ; la Floride en 1819 par les hspagnuls; I une et l'autre aux Elats-( nis d'Amérique.

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