‹ Mémoires sur CarnotChapitre 53 sur 235 · LE DIRECTOIRE EXÉCUTIF AD GÉNÉRAL RONAPARTE · texte numérisé non relu

LE DIRECTOIRE EXÉCUTIF AD GÉNÉRAL RONAPARTE

« Paris, \o 7 brumaire/ an V (28ocl. 17%).

« Nous avons reçu, citoyen général, les différentes dépêches que vous nous avez adressées de Modène, le 26 vendémiaire, et les pièces qui y étaient jointes. Nous sentons comme vous combien l'enthousiasme de la liberté, chez les habitants de Bologne, Modène, Ileggio, Ferrare et Milan, est avantageux à la cause pour laquelle nous combattons; nous sommes convaincus de l'utilité dont sera, pour le succès de nos armes, la bonne volonté des différents peuples de l'Italie qui manifestent le désir de secouer le joug du despotisme. Mais, quelque ardent que soit celui que nous éprouvons nous-mêmes de seconder leur élan vers la République, la prudence et la politique réunies nous commandent de modérer, autant qu'il est en nous, à l'époque actuelle, le feu qui les anime, et les démarches qu'un premier mouvement pourrait les porter à faire. Sans doute la bravoure de l'armée d'Italie et les talents du chef qui la dirige sont de puissants motifs pour nous faire croire que l'Autriche n'arrachera point de nos mains les conquêtes glorieuses que vous avez faites; mais, avant la prise de Mantoue, avant surtout que de

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nouveaux succès en Italie et en Allemagne aient réprimé l'audace que nos revers sur le liliin ont redonnée à la cour de Vienne, il serait imprudent d'allumer trop forletement en Italie un incendie révolutionnaire qui pourrait par la suite devenir funeste aux peuples que nous voulons encourager à se rendre libres. La guerre se compose de succès et de revers ; cette campagne, dont l'histoire retracera avec plaisir les détails honorables, en est un exemple frappant. Sans la retraite inattendue de l'armée de Sambre-et-Meuse, nous aurions pu dire à l'Italie : « Soyez libre, » avec la certitude d être obéis. Aujourd'hui, citoyen général, que la lassitude de la guerre se manifeste avec force dans l'intérieur de la République, quand une partie des gages de la paix continentale a été replacée par les événements dans les mains de nos ennemis, il convient de penser sérieusement à cette paix, l'objet des vœux de tous; et peut-être ne pourra-t-elle avoir lieu qu'en disposant, en faveur de quelques princes d'Allemagne, d'une partie des conquêtes de l'armée d'Italie.

« Le Directoire n'oubliera point, toutefois, combien il est de son intérêt d'expulser autant que possible la maison d'Autriche des provinces italiennes; et les circonstances les plus impérieuses pourront seules l'engager à restituer à la cour de Vienne ce que lui a enlevé le courage des braves que vous commandez. Mais les différentes bases qu'il peut devenir nécessaire d'adopter pour arriver à la paix continentale nous avertissent de songer aux intérêts futurs des patriotes italiens, et ce serait peut-être les compromettre que de trop encourager l'ardeur qu'ils témoignent. Nous pensons que les intérêts de la République exigent qnc nous maintenions les peuples du Milanais, du Modénais, etc., dans des senti-

monts qui nous sont favorables, sans nous engager à garantir leur indépendance future, et surtout sans les exposer, d'une manière qui serait aussi odieuse qu'immorale, à devenir par la suite victimes de notre indulgence et de nos conseils1. »

Deux mois plus tard, le 8 janvier 1797, Carnot adressait à Bonaparte une lettre personnelle, conçue dans le môme sentiment :

« On voulait que vous opérassiez la révolution en Piémont, à Milan, à Rome, à Naples. J'ai pensé (comme vous, jo crois), qu'il valait mieux traiter avec ces pays, en tirer des subsides, et se servir de leur propre organisation pour les contenir, que d'en faire un chaos qui aurait infailliblement entraîné la perte de votre armée. »

1 Le passé avait éclairé Carnot sur ce que l'on pouvait attendre de l'humeur vindicative des princes italiens à l'égard des patriotes. Voici la lettre qu'il avait cru nécessaire d'adresser au général de l'armée fraucaise, peu de jours après la conclusion de la paix avec Victor* Amédée.

o 4 juin 171HJ.

• Il parait, citoyen général, que pendant que la paix se négociait avec le roi sarde, on a appris à Turin qu'une des conditions de cette paix assurerait aux patriotes du Piémont une garantie pour leur tranquillité future; et que, pour se venger des efforts que quelques-uns d'entre eux avaient faits pour la liberté, on s'est empressé; de les livrer aux bourreaux avant la ratification de cette paix. La peur qu'inspire la brave armée d Italie aux cours de Rome et de Naples parait provoquer les mêmes horreurs dans le sud de l'Italie, et les prisons où gémissent des hommes dont tout le crime est d'avoir songé à revendiquer leurs droits, sont vidées par de semblables exécutions.

« L'intention du Directoire est que vous notifier sur-le-champ, aux petits princes de l'Italie, qu'ils arrêtent le cours de ces atrocités, ou qu'ils répondront de tout le sang qu'ils auront fait verser.

« La défense de poursuivre les patriotes italiens devra entrer comme une clause nécessaire dans les armistices qui pourront être conclus par les commissaires du gouvernement et par vous.

4 Carmot. »

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