LE DIRECTOIRE A L'EMPEREUR
« 1° Suspension d'armes simultanée sur toutes les parties du théâtre de la guerre, entre les troupes françaises et les troupes autrichiennes;
« v2° Convocation de ministres plénipotentiaires pour traiter de la paix définitive entre les deux puissances et leurs alliés respectifs, en tant que ceux-ci s'empresseront «l'accéder à l'invitation qui leur en sera faite.
« Déjà une négociation est entamée entre le gouvernement français et l'un de vos alliés principaux» le roi de la Grande-Bretagne; et la démarche que fait aujourd'hui, près de Votre- Majesté, le Directoire exécutif, loin d'être opposée à ces premières ouvertures, est une manifestation de son ardent désir d'en accélérer l'effet, et surtout de suspendre, dès cet instant, le cours des malheurs de la guerre, en décidant sans retard la mesure provisoire et importante de l'armistice.
« Nous adressons à Votre Majesté les présentes propositions par un envoyé revêtu de notre confiance, et chargé d'instructions et de pouvoirs suffisants pour statuer, tant sur le mode d'armistice que sur le lieu de réunion des plénipotentiaires. »
L'envoyé de confiance dont il est ici question, était le général Clarke, chef du bureau topographique. Carnot avait proposé d'ahord de l'expédier directement à Vienne, pour y conclure un armistice universel. Mais ensuite on se décida 5 le faire passer par l'Italie, afin qu'il se concertât avec Bonaparte. C est alors que Carnot lui écrivit une lettre où se témoigne un vif désir d'amener la pacification. La pacification semble avoir été, à ce moment, le vœu sincère du Directoire et de l'Empereur aussi. Mais son cabinet, sous l'influence de Londres, continua de résister jusqu'aux périls les plus pressants.
Nous n'avions pas encore remporté la victoire de Rivoli, les revers de Jourdan n'étaient pas encore réparés, et les négociations avec l'Angleterre venaient d'èlre rompues. Cela explique les concessions auxquelles le Directoire se montrait disposé. La lettre de Carnot, toule confidentielle, offre un autre genre d'intérêt : elle fait tomber les conjectures dont on s'est plu à entourer la mission de Clarke, présentée par quelques écrivains comme ayant eu pour but de surveiller Bonaparte et de le déposséder du rôle de négociateur.
Bonaparte lui-même semble l'avoir cru, ou, du moins, la crainte d'un partage d'action et d'influence l'irrita jusqu'à le lui faire dire; et, comme pour se rassurer, il ne cessait alors de refuser publiquement à Clarke le moindre talent, quoiqu'il ail plus tard confié à ce même Clarke des fonctions éminentes. Le vainqueur de l'Autriche désirait que la paix fût son ouvrage et que la gloire lui en revint : juste rémunération de ses services. Heureux s'il n'en eût jamais ambitionné d'autre!
Voici la lettre de Carnot à Clarke :
27 nivôse an V.
• Le Directoire exécutif, mon cher général, s'est emprise «le statuer sur vos dernières dépêches. 11 vous fait passer par le présent courrier le résultat de ses délibérations. Il est probable, d'après ce que vous dites, et en consultant même les intérêts de l'empereur, qu'il n'est point éloigné de faire sa paix séparée, mais qu'il craint d'être soupçonné par les Anglais. Le Directoire vous autorise, en conséquence, a traiter secrètement, soit avec Gherardini, soit directement avec Thugut, soit arec tout autre. Il vous laisse maître du mode et vous donne la plus grande latitude pour arrêter les préliminaires sans envoyer des courriers comme faisait lord Malmesbury. Vous recevrez à cet égard les pouvoirs ostensibles les plus étendus. A ces pouvoirs sont jointes des instructions secrètes contenant les bases du traité : vous } verrez que nous sommes tirs-peu exigeants, et que c'est bien formellement, bien ardemment que nous voulons la paix. Si ce désir est aussi sincère de la part de l'empereur, l'affaire sera bientôt terminée. Voici quel est notre ultimatum. Peut-être conviendra*l-il de le mettre iin-