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PRÉLIMINAIRES DE LÉOBEN

pousse de gros soupirs; Barras, desapprouvant le traité, dit cependant qu'il faut bien l'accepter. Un jour, dans la suite, ne pouvant contenir sa rage, il se leva brusquement, et, s adressant à moi comme un furieux : « Oui, « me dit-il, c'est à toi que nous devons l'infâme traité de « Léoben. » Je répondis que je m'applaudissais d'avoir pu contribuer à mettre un terme aux malheurs de la guerre. Et Rewbcll lit un signe à Barras pour lui dire qu'il était impolilique d'attribuer à moi seul l'honneur de la pacification'. »

Les conventions provisoires de Léoben étaient donc un triomphe de la politique de Carnot sur celle de ses collègues. Peu de jours après leur conclusion, il adressa au général Clarke, l'un des négociateurs chargé de les développer et de les cimenter, une seconde lettre explicative de ses vues.

10 Uoréal (5 mai).

« J'ai revu de vous, mou cher général, plusieurs lettres auxquelles je n'ai pu répoivire faute de temps.

« Quoique vous n'ayez pas été présent à la conclusion du traité préliminaire, le gouvernement n'en sait pas moins tout le zèle que vous avez mis à faire cesser les malheurs de la guerre; et les soins que vous a coûtés le traité de Turin, devenu inutile par suite des seules circonstances, n'en méritent pas moins notre estime et notre gratitude. Vous allez être chargé maintenant, avec le général Bonaparte, de négocier et conclure le traité définitif.

« Le Directoire a fortement à cœur que celle affaire se termine promptement, et que la paix soit partielle avec François II, tant en sa qualité de chef de l'empire que comme roi de Hongrie et de Bohème ; qu'elle soit exclusive de toute autre puissance et surtout de l'Angleterre et de la Prusse. Nous ne voulons pas faire précisément un allié de l'empereur ; mais nou-» voulons, sous tous les rappris, avoir avec lui plutôt des intérêts communs

• Goethe, écrivant du fond do la Sui>se au duc de Weimar, peu de temps après le 18 fructidor, lui dit : « Un homme sensé' qui vient de Paris et qui a assisté aux derniers événements, prélcnd que la révolution a moins été faite contre les royaliste que contre le parti pacifique. »

que contraires; et la position respective géographique des deux Étals, après la cession de la Belgique, en fait presque dos amis naturels, ainsi que je vous l'ai toujours dit. Je vous avoue que le Directoire voyait avec peine que l'arrangement définitif avec l'empereur dût être le résultat d'un congrès dont l'issue ne pouvait se prévoir, de sorte que le traité préliminaire n'aurait été, à proprement parler, qu'un armistice général tenant toutes nos années en l'air indéfiniment. Nous regardons par conséquent le projet de terminer sur-le-champ et définitivement avec l'Autriche comme une idée très-importante, la plus heureuse que pût avoir Bonaparte, et qu'il faut à tout prix réaliser.

• L'empereur a le même intérêt que nous à conclure, parce que ce traité définitif le met immédiatement en possession de la partie des Etats vénitiens qui lui est concédée. Mais il est à ce sujet deux réflexions à faire: la première, c'est que, malgré le droit que les lwstilités de la République de Venise nous donnent de traiter a ses dépens, il convient d'éviter, soit une déclaration de guerre formelle, soit une stipulation qui prononce une cession positive ou une garantie de ce territoire à l'empereur. Ce territoire n'étant pas notre propriété, nous ne pouvons le donner, surtout dans nos principes républicains sur l'indépendance des peuples. Mais l'empereur, étant asscx fort pour prendre possession du pays et pour s'y maintenir, doit se contenter de la déclaration positive et formelle que nous ne nous op|M»serons pas à ce qu il fera. Je crois cela essentiel. La seconde observation est «pie l'évacuation de ce pays par nos troupes, évacuation qui nous prive de positions avantageuses et de ressources importantes, doit être compensée par quelque chose. Ce quelque chose, c'est l'évacuation, par les troupes impériales, de toute la Franconie et la Souabe jusqu'à la Rednitz et le Lech au moins (y compris les places du Rhin, Manheim, Maycnce, Ehrcnbreitstein), et cela jusqu'à la fin du congrès : \* pour que nos armées du Rhin aient des positions où elles puissent tenir ; 2* pour que nous soyons en mesure de faire payer aux cercles de Souabe et de Franconie les sommes stipulées par les armistices de l'année dernière, qu'ils ont violés; 5* enfin, pour que, pendant le congrès, nous ne soyons pas obligés de faire vivre ces années à nos dépens. 11 sera donc arrêté que l'empereur retirera ses troupes derrière b Rednitz et le Lech, et ne s'opposera point à ce que les nôtres s'avancent jusqu'à ces rivières. J'ajouterai en passant que Berne a ant toujours manifesté une pente favorable à nos ennemis, il (aul, s'il est possible, faire charger ce lieu du congrès, et l'assigner soit à Francfort, soit à Stuttgart, soit mieux encore à lluningue. Le meilleur serait qu'il n'y en eût p:-s du tout ; s'il y en a un, que l'Angleterre en soit exclue, ainsi que la Russie.

« Je crois que, ces précautions prises, il sera inutile de rien Stipuler, dans le traité, sur la limite du Rhin, notre position militaire nous donnant * par elle-même une influence suffisante sur le congrès, sans qu'il soit besoin de jeter l'alarme dans la Germanie eu parlant d'avance, soit de sécularisation, soit d'extension de nos frontières sur le Rhin. Vous savez d'ail-

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