MÉMOIRKS SI H C A II MOT
armes, tirer avantageusement son épingle du jeu ; il désire la paix pour le bien de son pays, par amour de l'humanité et par crainte lointaine d'une ambition militaire. 11 voit avec inquiétude la guerre changer de caractère, se démoraliser en quelque sorte : ce n'est plus un élan du patriotisme courant à la défense de la liberté et de l'indépendance, c'est déjà une marche à la conquête. L'armée d'Italie commence à s'enrichir, et elle se dévoue à l'homme qui lui en fournit les moyens ; des habitudes de profusion et de licence s'y introduisent, et l'on y qualifie de messieurs les républicains de l'armée du Rhin, avec leur tenue simple et leurs manières de gens bien élevés. Carnot, enfin, désire la paix, parce qu'il est convaincu que la tranquillité au dehors donnerait au gouvernement une force morale capable de réduire ses adversaires intérieurs.
Le Directoire feint également de vouloir la paix, pour ne pas froisser l'opinion publique; mais en même temps, pour caresser celte opinion dans ce qu'elle a souvent de puéril et de grossier, il affiche un langage dur, il prend une attitude impérieuse vis-à-vis de l'étranger; il demande des forteresses au delà du Rhin, dès qu'on lui a concédé la grande limite; il multiplie ses exigences, il élève des chicanes qui doivent empêcher la conclusion -de tout arrangement définitif.
Cette conduite ne paraît pas avoir été inspirée par de hautes vues politiques, ni par un sentiment révolutionnaire dominant, comme celui «le Monroc; c'est simplement le produit d'un esprit étroit, joint à une humeur turbulente et tracassière. La marche adoptée par la majorité directoriale menait d'ailleurs tout droit à cette fatalité : chercher dans l'armée un point d'appui à Pin-