‹ Mémoires sur CarnotChapitre 62 sur 235 · POLITIQUE DE CARNOT. 15'J · texte numérisé non relu

POLITIQUE DE CARNOT. 15'J

lérieur, c'était contracter l'obligation de faire de la guerre étrangère son œuvre principale.

Que va faire la majorité directoriale lorsque le 18 fructidor lui aura livré la situation?

Pour calmer d'abord l'opinion ébranlée par ce coup d'Ktat, et faire croire que les vaincus s'opposaient à la paix , elle se hâtera d'expédier le traité de Campo-Formio, considéré comme impolitique et désavantageux par son auteur même elle fera une ovation au pacificateur, sauf à être honteusement régentée par lui ; puis, à peine la paix signée, elle risquera de la compromettre en envahissant les États romains et le territoire helvétique; elle congédiera lestement les négociateurs anglais, et formera une armée d'Angleterre; puis, cédant à l'esprit d'aventure d un soldat ambitieux, elle changera ses projets d'attaque en une entreprise fantastique, funeste à nos intérêts nationaux et surtout à nos libertés; et l'Angleterre, en présence de ce gouvernement mutilé de ses propres mains, qui cherche à révolutionner partout et se brouille avec tous, organisera contre la France une nouvelle coalition.

Nous voici à la veille du 18 fructidor. Ce coup d'État était-il nécessaire? Carnot, lorsqu'il a dù se défendre comme membre du gouvernement, ne s'est pas borné à critiquer la conduite de ses adversaires : il a exposé comment ceux-ci auraient pu agir pour ne pas être amenés à de pareilles extrémités. Voici la question qu'il s'adresse

1 « Bonaparte avait quitté l'Italie, mécontent de la paix qu'il venait du conclure... Suivant ce qu'il me dit à Turin, il se rendait à Hasladt avec l'espoir d'améliorer son ouvrage. » {Mémoires do Niot de Melilo.)

à lui-même, au nom de la majorité directoriale: « Dites-nous ce qu'il faut faire quand il est visible qu'une partie du Corps législatif veut opérer la contrerévolution, et que cette partie du Corps législatif est tellement influente, qu'elle vient à bout d'enlever toutes les résolutions et de paralyser toutes les mesures salutaires?

« Je réponds d'abord qu'on pouvait éviter cet état de cris:*, par plus de ménagement et de déférence envers les membres du Corps législatif; en faisant des messages moins durs, moins impérieux; en révoquant certains commissaires du pouvoir exécutif, contre l'immoralité desquels s'élevaient de nombreux témoignages ; en montrant enfin un désir plus sincère de faire la paix avec les puissances étrangères, car c'était là le principal sujet de la défiance : le Corps législatif craignait, en accordant au Directoire trop de latitude, et surtout des moyens de finances, que celui-ci ne s'en servit pour prolonger la guerre plutôt que pour la terminer promptement. Il est certain que de tels procédés auraient ramené un grand nombre de représentants aigris, et que les autres eussent bientôt rougi de leur rôle.

« Je réponds, secondement, qu'ayant manqué, par hauteur et par imprudence, ce premier moyen, le meilleur, cl la mésintelligence étant devenue telle que chacun se sentait menacé, 11 fallait s'occuper de moyens réconcilia toires. Le Corps législatif en avait déjà senti la nécessité : il avait pris le parti de renouveler ses commissions, ses bureaux, et d'en écarter ceux qui avaient abusé de sa confiance. Les députés les plus connus par leur caractère et leurs talents avaient résolu de s'élever contre ces motions incidentes qui jetaient le trouble au Conseil des Cinq-Cents, afin de l'attacher à des questions majeures, principalement à la restauration des finances.

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