POLITIQUE DE CARNOT. ICI
El c'est ici surlout que le Directoire exécutif mérite uu grave reproche : In moindre démarche de sa part, à ce moment, ramenait à lui la masse des représentants du peuple; mais, loin d'aller au-devant d'une réunion, le Directoire tremblait qu'elle ne s'opérât.: il travaillait avec une activité incroyable à augmenter les sujets de mécontentements et d'alarmes ; il ne voulait pas avoir fait en vain ses combinaisons profondes; il voulait l'exécution du grand projet médité par lui depuis si longtemps.
« Je réponds, troisièmement, que le mal étant arrivé a son dernier période, il fallait faire un 20 juin au lieu de faire un 31 mai : il fallait que les représentants patriotes rédigeassent une adresse au peuple français, dans laquelle ils auraient démontré avec énergie les atteintes qu'on ne cessait de porter à la Constitution, et fait voir qu'une partie des Conseils était décidée à la renverser. Il fallait qu'ils sommassent en même temps le Directoire, qui avait juré comme eux le maintien de cette Constitution, de leur fournir un asile contre les ennemis déclarés de la République, et de les y proléger par la force. Cet acte eût été adopté incontestablement par la grande majorité des Conseils, par tous ceux au moins de leurs membres que le Directoire a jugés dignes d'y rester après le \ 8 fructidor. Il n'y avait pas alors dissolution du Corps législatif; ce n était pas le Directoire, écartant, de son autorité privée, par le canon et les baïonnettes, ceux qui lui déplaisaient, faisant délibérer les autres sous la terreur et les érigeant en tribunal révolutionnaire; c'était la majorité des représentants, cherchant, contre la violence de la minorité, un refuge sous la protection de la force armée-, pour la liberté de ses délibérations. Le public eut donc vu, d'une part, celte majorité sage et le Directoire u. il
uni avec elle d intention et de sentiment; de l'autre, une minorité pitoyable mise à nu, une minorité à laquelle on imputait déjà l'agitation qui régnait depuis la nouvelle session. Qu'eût fait celte minorité? Abandonnés de tout le monde, ses membres se seraient honteusement dispersés et n'auraient point reparu; chaque citoyen eût applaudi à une mesure constitutionnelle ; l'opinion publique se fût ralliée librement au Corps législatif cl au Directoire; et si, parmi les démissionnaires de fait, il s'en fût trouvé de chargés de délits positifs, on les aurait fait juger constilutionnellemenl par la haute Cour nationale, où ils eussent été condamnés, aux applaudissements universels, parce que le bandeau eût alors été enlevé de tous les yeux. »
S'il ne fallait que cela pour sortir d'embarras, comment l'histoire pardonnera-t-elle aux trois directeurs d'avoir violé la Constitution, brisé le Corps législalif, proscrit leurs deux collègues, déporté sans jugement cinquante-trois représentants du peuple, les propriétaires et rédacteurs de quarante-deux journaux, et tant d'autres citoyens?
Le Triumvirat se donnait peu de peine pour dissimuler ses intentions agressives : les soldats qu'il avait fait venir de l'armée de Sambre-et-Meuse, sous prétexte de l'expédition d'Irlande, au lieu d'aller s'embarquer à Brest, demeuraient cantonnés dans les environs de Paris, sous les ordres d'Augercau, donl les disposions n'étaionl un mystère pour personne.
D'autres indices se produisaient : la présidence de Carnot allait expirer; on se disait tout haut, les journaux mêmes le répétaient, que c'était le moment attendu par les conspirateurs : Barthélémy devait remplacer Carnol au fauteuil, et de si faibles mains ne pouvaient offrir