SÉJOUR EN ALLEMAGNE
là que fut composée nia réponse au rapport de Bailleul sur le 18 fructidor. J'étais un matin chez un libraire qui me procurait les livres français, lorsqu'un exemplaire de ce rapport lui arriva. Je l'emportai pour le lire, cl je ne sortis de chez moi qu'avec plus de deux cents pages écrites au courant de la plume, tout d'une haleine : l'indignation m'avait ouvert la veine. Je portai mon manuscrit chez le libraire, et je lui dis : « Vous « m'avez quelquefois parlé de Carnot avec le désir de le « connaître? — Ce serait ma plus grande joie, me ré- « pondit ce brave homme. — Eh bien, c'est moi. Voici « un ouvrage qui vous appartient, puisque vous m'avez « fourni les moyens de le faire. Puissiez-vous en tirer « parti ! »
« Je ne fis qu'une seule condition : c'est que le lieu de ma retraite ne serai», pas trahi. En effet, la première édition parut sous la rubrique de Londres. Il en a été publié depuis un grand nombre, toutes à l'étranger, et mon éditeur a dû faire une bonne opération l.
à écrire. Lorsque le général Jourdan avança jusqu'il Mengcn, il partit précipitamment, et, après son départ seulement, on sut par un émigré français que cet inconnu n'était autre que Carnot. >
1 Hc'ponsc de Carnot, citoyen français, l'un des fundateurs de la Ilcpnblique et membre constitutionnel du Directoire exécutif, au rapport fuit pur Ch. Bailleul au Conseil des Cinq-Cents sur la conjuration du iX fructidor. Tel est le titre complet de ce mémoire, qui porte la date du 8 floréal an VI (mai 1798). Très-répandu à l'étranger, où il fit une profonde sensation, il pénétra difficilement en France, grâce à l'activité des directeurs pour le supprimer. Ils le saisissaient partout, ruinant les libraires et arrêtant les colporteurs. On vendait les exemplaires à des prix fabuleux, et l'on en faisait des copies a la main.
On a publié en 1799, sous la rubrique de Hambourg, un second mémoire de Carnot, qui ne contient pas un mot de sa plume : ce sont des personnalités grossières écrites en style grossier.
L'ouvrage authentique a été traduit dans toutes les langues : l'Américain William Wallon, auteur de plusieurs publications importantes, a dédié sa traduction au président des Klats-luis Jeffcrson : The justification o>t Carnot, or the repubhcan syslem disvlayed.
« Je !us cependant reconnu plusieurs fois pendant mon séjour dans la ville impériale.
ce Un matin, je vois entrer chez moi un quidam. « Bonjour, monsieur Carnot, me dit-il, vous vous croyez « ici en strict incognito. Mon nom est X... J'ai l'hon- « neur d'être Bourguignon, votre compatriote, et, à ce ce titre, j'espère que vous voudrez bien venir déjeuner ce chez moi, sauf à quitter Àugshourg, si vous craignez « d'être reconnu par d'autres. Un Français sera notre « seul convive, anonyme comme vous; mais celui-là ne « vous connaît pas personnellement, et je vous présence terai sous le litre que vous voudrez. » — Nous déjeunâmes en effet avec un causeur très-spirituel, et la |h>lilique devint naturellement le sujet principal de l'entretien. Après le déjeuner, l'étranger emmena noire hôle dans une chambre voisine, et lui dit : ce C'est Carce not ou c'est le diable. Je n'ai pas besoin de connaître ee sa figure pour le deviner à ses idées. Je ne suis tenu ce à aucun secret envers lui s'il se cache de moi ; dites-lcce lui bien. » — Quand notre hôte vint me couler cela, je lui répondis : ce Je puis rendre la pareille à votre conee vive. J'ai assez souvent vu M. Dandré à la tribune el ce au fauteuil de la présidence pour ne pas hésiter à ce mettre son nom sur son visage, Faites-lui mes coince plimenls. Mais, puisqu'il est si difficile de rester anocc nyme à Augsbourg, j'en partirai demain malin comme ce vous me l'avez vous-même conseillé. » — Je me rendis à Nuremberg, où je vécus plus tranquille. »
Le rapport de Bailleul sur le 18 fructidor fut dérosé un peu plus de six mois après l'événement : les accusa-