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la loi), auxquels un septième fut ensuite ajouté, celui de la police générale. Cette création était motivée par la rentrée continuelle des émigrés et des prêtres déportés, que le malheur avait aigris contre la Révolution, au lieu de les éclairer sur les abus qui l'avaient rendue nécessaire. À Paris ils conspiraient, et, plus audacieux dans le Midi, ils s'y enrégimentaient pour le vol et l'assassinat des patriotes. De leur côté les ultra-révolutionnaires ne se contentaient pas d'exhaler dans des journaux la violence de leurs passions irritées. Le nouveau ministère souleva de vifs mécontentements au sein des factions dont il déjouait les menées et prévenait les éclats ; mais l'activité qu'il fut obligé de déployer témoigne assez qu'il n'était pas inutile.
Les membres du Directoire n'étaient point, comme des monarques constitutionnels, couverts par le bouclier de l'irresponsabilité. Obligés, en conséquence, d'exercer sur les agents du pouvoir une surveillance très-active, ils résolurent de distribuer entre eux cette surveillance selon leurs aptitudes personnelles et leurs précédents. Carnot eut la guerre; Le Tourneur la marine (il avait présidé le Comité maritime à l'Assemblée législative, et rempli des missions importantes près des armées navales); Barras eut la police; Larevellière l'instruction publique et le bureau des arts et manufactures; Rewbell dirigea les affaires étrangères, la justice et les finances : Rewbell était, avant la Révolution, un jurisconsulte connu ; il avait marqué à la Convention dans les discussions diplomatiques et possédait des connaissances économiques étendues. D'ailleurs les trois branches d'administration qui lui étaient confiées, et qui sembleraient aujourd'hui bien au-dessus des forces d'un seul homme, étaient alors beaucoup moins chargées : les négociations
ORGANISATION ADMINISTRAT! VK. M
avec l'étranger et les grandes mesures financières se délibéraient en conseil; le personnel des juges de tous les degrés était formé par l'élection.
Une autre répartition de travail, assez singulière au premier aperçu, s'établit entre les directeurs : ils découpèrent la carte de France en cinq vastes arrondissements, où chacun se chargea de veiller au choix des agents de l'autorité. Ce partage de territoire, analogue à celui qui avait subsisté jusqu'en 1791, au moins pour certains services publics, entre les quatre secrétaires d'État, ne prenait ici son motif que dans les circonstances : deux tiers des membres du Corps législatif, ayant dû être choisis dans le sein de la Convention, l'avaient été d'après leur renommée politique, par des départements auxquels la plupart d'entre eux étaient étrangers, de sorte qu'ils se trouvaient hors d'état d'éclairer le pouvoir exécutif sur la situation et les besoins de ces départements. Quant au nouveau tiers, il se composait d'hommes que l'on ne connaissait pas encore, ou d'hommes trop bien connus par leurs tendances réactionnaires pour que l'on eût confiance en leurs avis. Or il ne s'agissait de rien moins que de procéder à une entière recomposition du personnel des fonctionnaires, selon la constitution nouvelle : les directeurs, réduits à leurs propres moyens pour se renseigner, divisèrent entre eux le territoire d'après l'expérience personnelle qu'ils avaient des localités ou les relations qu'ils y entretenaient. A Carnot échurent les départements du Nord, où il ava:t résidé d'abord comme militaire, puis en commission des Assemblées; l'Alsacien Rewbell eut ceux de l'Est; l'Angevin Larcvellièrc ceux de l'Ouest; le Provençal Barras ceux du Midi; l'arrondissement de Le Tourneur se composa du centre de la
France. Ces attributions d'ailleurs, on le sent, ne devaient être que temporaires.
Un pareil mode d information élait nécessairement très-imparfait; le Directoire fut souvent trompé; il eut la franchise d'en convenir publiquemenl , officiellement'. On a lieu de s'étonner qu'il ne l'ait pas été davantage, et que les Assemblées communales, quelques mois après, aient pu confirmer la plupart de ses choix.
Le travail était immense : les directeurs s'assemblaient le malin à huit heures et demeuraient à l'ouvrage jusqu'à quatre ou cinq heures du soir; souvent encore de huit heures du soir jusqu'à quatre ou cinq heures du matin. Ces premiers temps furent comparables à ceux du grand Comité de salut public.
Carnot, au Comité de salut public, disposait de tous les grades et de tous les commandements de l'armée, sans être plus que capitaine du génie : les habitudes égalitaires et l'espèce d'anonymitc du pouvoir couvraient cette infraction à la hiérarchie. Au Directoire on y fit attention : on se dit que le cumul d'un litre de simple officier avec celui de magistrat suprême de la République aurait quelque chose de malsonnant. Carnot se rendit à celte observation; mais, comme il ne voulait pas violer en sa faveur les règles de l'avancement, considérant aussi que la fonction gouvernementale est essentiellement civile et qu'il importe de lui conserver ce caractère sans altération ni incertitude, il se plaça lui-même en dehors des cadres de l'armée.
1 Arrêté du 27 vciiIôm: sur les fonctionnaires publics à I :« nomination «lu Directoire.