‹ Mémoires sur CarnotChapitre 82 sur 235 · ADMINISTRATION MILITAIRE · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION MILITAIRE

De retour à Paris, Carnot avait repris son activité administrative. Il possédait une aptitude extraordinaire pour embrasser du même coup d'œil l'ensemble des affaires et leur menu détail. 11 savait travailler et faire travailler les autres, deux genres de fonctions très-distinctes ; et, autant par esprit d'équité que pour stimuler ses collaborateurs, il faisait soigneusement à chacun d'eux honneur de son œuvre particulière, ne manquant pas une occasion de dire : « Ceci est le travail de mon secrétaire, ou de tel chef de service. » Confiance et responsabilité, telle était sa loi : il fut trompé quelquefois, mais il obtint souvent d'heureux résultats. Au Comité de Salut public et au Directoire, sa correspondance avait été surtout relative aux mouvements militaires ; devenue maintenant tout administrative, elle n'offre pas, à ce point de vue, moins d'importance.

Ce sont, d'ailleurs, les mêmes règles morales qui l'inspirent : — 11 réprimande sévèrement les généraux qui violent la neutralité des territoires étrangers, et ceux qui, à l'intérieur, manquent d'égards aux autorités civiles; il signale et condamne la fabrication, par des Fronçais, de faux billets de banque autrichiens; il recommande à Morcau de respecter les collections littéraires rassemblées dans le château de Manheim et appartenant à l'Académie palatine; il fait donner une sauvegarde au baron de Moll, minéralogiste allemand, pour son cabinet d'histoire naturelle, placé dans une maison de campagne occupée par l'armée française.

Les archives de la Guerre étaient dispersées dans plusieurs bâtiments publics, particulièrement au Dépôt des

lois et aux Invalides, où elles se trouvaient dans un état déplorable. Le ministre les fit réunir dans la maison Cicé, rue de Grenelle-Saint -Germain, sous la direction de M. Mersan, ex-législateur, et prescrivit un classement de ces archives. Pour la troisième fois il fit les pré- ' paralifs d'une histoire de nos guerres, que les circonstances vinrent pour la troisième fois interrompre.

Les derniers temps du Directoire avaient laissé dans les affaires publiques un désordre effrayant et des habitudes de brigandage. J'ai sous les yeux les lettres et les rapports des généraux et des commissaires ordonnateurs, où règne un découragement capable de se communiquer à un ministre moins ferme queCarnot. Mais il réagit avec vigueur contre ce courant. Il dénonça a Masséna lui-môme son mauvais entourage à l'armée d'Italie, et, pour rompre la tradition, fit donner au général en chef une autre destination; il demanda la punition des chefs de corps qui se permettaient de puiser arbitrairement dans les caisses publiques pour les besoins de leurs soldats, ne ménageant pas, dans l'occasion, un parent du premier Consul ; il envoya à Mayence le général Pille, son ancien Commissaire au Comité de Salut public, avec des pouvoirs extraordinaires pour la répression des abus, et avec le droit de suspendre et de faire arrêter au besoin des officiers généraux « dont la conduite pourrait déshonorer le nom français et compromettre les opérations militaires et politiques; » il approuva hautement la rigueur de Moreau, chassant de son armée un général de division et faisant fusiller un commissaire des guerres pour des actes d'improbité. Aussi sévère autour de lui qu'aux armées, il menaça de destitution tout employé qui se livrerait à des spéculalions particulières, et il exécuta sa menace à l'égard de

igiti;

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