ADMINISTRATION» MILITAIRE
ceux qui continuaient les errements du régime précédent.
Le minisire acquit par lui-même, dans une circonstance assez piquante, et cela des la première entrée en campagne, la preuve que l'on avait l'habitude de voir tomber de haut les mauvais exemples.
Il s'agissait d une fourniture de chevaux. La riche compagnie Lanchère se présenta pour soumissionner, avec des conditions qui devaient lui valoir la préférence. Or, sous le dernier gouvernement, imitateur en ceci, dit-on, de ceux qui avaient précédé 89, il était d'usage qu'aucun marché ne fût passé sans que l'on offrit au minisire un bouquet. Plus l'affaire était considérable, plus le bouquet devait être gros. Celui-ci fut estimé par les adjudicataires à la somme de 50 000 fr. Le représentant de la compagnie se présenta donc au ministre avec un portefeuille qu'il lui offrit tout simplement. Le ministre, novice en pareille matière, lui demanda naïvement une explication, que l'autre donna, en s'excusant un peu de l'exiguïté du cadeau. — « Ce n'est pas déjà trop mal, dit Carnot; vous avez donc fait une bonne opération, puisque vous pouvez prélever d'avance 50 000 fr. sur vos bénéfices? — L'opération ne sera pas mauvaise, surtout si le citoyen ministre veut bien ne pas faire languir les payements. — Je vais vous donner tout de suite un à-cOmpte, » dit le ministre.
Jl reçut d'une main le portefeuille et le remit de l'autre main au soumissionnaire tout surpris, en lui disant : « Voilà 50 000 fr. payés d'avance sur voire fourniture. Vous allez en donner quitlance au secrétariat. »
A la fin de l'an VIII (six mois après son entrée en fonction) Carnot avait économisé sur ses frais de bureaux
569 784 fr. 57 c, ainsi qu'il résulte d'un rapport du secrétaire général. Cependant quinze mois de traitements arriérés avaient été payés : il est vrai que le traitement personnel du ministre se trouvait à son tour porté à l'arriéré.
Un contrôle sévère fut établi sur les pensions accordées avant ou depuis la Révolution, en même temps que la plus parfaite exactitude était introduite dans le service des secours aux veuves et aux familles des militaires.
Nous avons dit un mot de la correspondance du ministre; il faut en dire un aussi de ses feuilles de travail avec les Consuls. Toutes les propositions et toutes les communications qu'il voulait faire aux chefs du gouvernement s'y trouvent consignées de sa main. Presque tous les noms devenus illustres dans nos armées figurent sur ces feuilles avec des annotations ; chaque trait de bravoure ou de dévouement y est l'objet d'une récompense: avancement, arme ou brevet d'honneur; les épauletles données à des sous-officiers y tiennent surtout une place considérable.
Une note de cet agenda est ainsi conçue : « Proposition de faire délivrer à Latour-d 'Auvergne un sabre d'honneur, et de lui conférer le titre de Premier grenadier des armées de la République. »
Cette pensée fut sans doute inspirée à Carnot par l'embarras de trouver une récompense au goût du Rayard républicain : celui-ci avait refusé le grade de général, quoiqu'il en remplit réellement les fonctions; élu au Corps législatif, après le i 8 brumaire, il n'avait