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LE MINISTRE DE LA GUERRE

AD C1TOTES LATOUR-d'aDVERG5E-COREET

« En fixant mes regards sur les hommes dont l'armée s'honore, je vous ai vu, citoyen, et j'ai dit au premier Consul :

« I,atour-d'Auvergne-Correl, né dans la famille de « Tu renne, a hérité de sa bravoure et de ses vertus.

« C'est l'un des plus anciens officiera de l'armée; u c'est celui qui compte le plus d'aclions d'éclat; parti tout les braves l'ont nommé le plus brave.

« Modeste autant qu'intrépide, il ne s'est montré « avide que de gloire et a refusé tous les grades.

« Aux Pyrénées-Occidentales, le général commandant a l'armée rassembla toutes les compagnies de grena- « diers, et pendant le reste de la guerre, ne leur donna « point de chef. Le plus ancien capitaine devait com- « mander; c'était Lalour-d'Auvergne, et bientôt son « corps fut nommé par les ennemis la colonne infernale.

« Un de ses amis n'avait qu'un fils, dont les bras a étaient nécessaires à sa subsistance ; la conscription « l'appelle. Latour- d'Auvergne brisé de fatigues ne « peut travailler, mais il peut encore se battre. U vole à ce l'armée du Hhin, remplace le fils de son ami, et « pendant deux campagnes, le sac sur le dos, toujours « au premier rang, il est à toutes les affaires, il anime « les grenadiers par ses discours et son exemple.

220 MÉMOIRES SUH CARNOT.

« Pauvre, niais fier, il vient de refuser le don d'une « terre que lui offrait le chef de sa famille. Ses mœurs « sont simples, sa vie est sobre; il ne jouit que du « modique traitement de capitaine à la suite, et ne se a plaint pas.

« Plein d'instruction, parlant toutes les langues, son a érudition égale sa bravoure; oh lui doit l'ouvrage « intéressant intitulé : Les Origines gauloises.

« Tant de vertus et de talents appartiennent à l'histt loirc; mais il apj>artient au premier Consul de la « devancer.

« Le premier Consul, citoyen, a entendu ce précis « avec l'émotion que j'éprouvais moi-môme; il vous a « nommé sur-le-champ Premier grenadier des armées de « la République, et vous décerne un sabre d'honneur. « Salut et fraternité,

« Carnot. »

11 faut voir ensuite avec quel soin, connaissant la simplicité fière de Latour-d'Auvergne, le ministre écrit au général Moreau pour lui préparer à l'armée du Rhin un accueil selon son gré; avec quel soin, connaissant sa pauvreté, il prévient le commissaire ordonnateur que le Premier grenadier doit toucher un double traitement de capitaine, comme ayant reçu un sabre d'honneur : a Je vous recommande très-particulièrement, ajoute-t-il, de veiller à ce qu'il n'éprouve jamais aucun retard, délai ou renvoi dans l'expédition de ses revues. »

Lorsque Latour-d'Auvergne, ayant reçu son brevet, était venu remercier Carnot, il lui avait dit, ému jusqu'aux larmes et la parole entrecoupée : « Ce brevet d'honneur est un brevet de mort, citoyen ministre; maintenant je n'ai plus qu'à me faire tuer. »

TURENSE AUX INVALIDES.

Il tint parole. Carnot fît inscrire son nom sur la colonne nationale, fit rechercher ses armes pour les suspendre en trophée dans le temple de Mars, et commanda des livrets populaires où était racontée sa glorieuse vie.

Lalour-d'Àuvergne descendait du père de Turennc. Peut-être sa mort héroïque inspira-l-elle la pensée des honneurs qui furent peu de temps après rendus aux cendres du maréchal.

Le dernier jour de Tan VIII, les restes mortels âv, Turcnne furent transportés en grande pompe, du mutée des Monuments français, où ils étaient déposés, à l'hôtel des Invalides où un arrêté consulaire avait décidé qu'ils reposeraient désormais, au milieu des vieux défenseurs de la patrie.

« Demain nous célébrons la fondation de la République, » dit Carnot ; « préparons cette fête par l'apothéose de ce que nous laissèrent de louable et de justement illustre les siècles antérieurs. Ce temple n'est pas réservé à ceux que le hasard fît ou doit faire exister sous l'ère républicaine; mais à ceux qui, dans tous les temps, montrèrent des vertus dignes d'elle. Désormais, ô Turenne, tes mânes habiteront cette enceinte; ils demeureront naturalisés parmi les fondateurs de la République; ils embelliront leurs triomphes et participeront à leurs fêles nationales.

« Elle est sublime, sans doute, l'idée de placer les dépouilles mortelles d'un héros qui n'est plus, au milieu des guerriers qui le suivirent dans la carrière, et que forma son exemple. C'est l'urne d'un père rendue à ses enfants, comme la portion la plus précieuse de leur héritage l. »

* Discours prononcé par le citoyen Carnot, ministre de la guerre.

On frappa une médaille à celle occasion : Lucien Bonaparte, minisire de l'intérieur, y fit graver son nom après ceux des Consuls. Celui de Carnot n'y figure pas.

Malgré quelques froissements, que les allures dominatrices et artificieuses de Bonaparte amenaient entre le premier Consul et le ministre de la guerre, ils vivaient dans de bonnes relations, causant volontiers ensemble, surtout de science. Comme Carnot, pendant le Directoire, avait souvent reçu des confidences épistolaires du général de l'armée d'Italie, et qu'il avait contribué à aplanir certains dissentiments entre les deux époux, Josépbine conservait pour lui de la reconnaissance ; elle savait d'ailleurs qu'il avait été lié avec Alexandre de Beauharnais, son premier mari, pour lequel, malgré bien des nuages aussi, elle gardait un tendre souvenir. Elle témoignait donc à Carnot beaucoup d'amitié, ainsi qu'à sa famille ; elle avait pris surtout en affection son fils âgé de quatre ans, et lui faisait fête chaque fois qu'on l'amenait à la Malmaison.

L'histoire sévère attribuera sans doute à Joséphine Beauharnais une triste influence sur le rétablissement de l'esclavage colonial, avec lequel sa jeunesse s'élail familiarisée, et sur l'introduction, à la nouvelle cour, des hommes et des choses de l'ancien régime, dont elle avait conservé les goûts. Mais une bonté sincère s'alliait chez elle à beaucoup de faiblesse et de légèreté. Les ministres étaient souvent embarrassés par les promesses

à la cérémonie de la translation des cendres de Turcnne au temple de MarSê

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