‹ Mémoires sur CarnotChapitre 87 sur 235 · DÉMISSION · texte numérisé non relu

DÉMISSION

Il était impossible d'accueillir par un refus de semblables avances. Carnet conserva donc ses fonctions. Mais cela ne faisait pas le compte des ambitions cantonnées dans le conseil d'État. Elles recommencèrent leur petite guerre à l'occasion d'un projet d'augmentation du nombre des élèves du génie à l'École de Metz, augmentation demandée par le conseil de l'École polytechnique. Un rapport désagréable pour le ministre fut fait le 8 vendémiaire et approuvé par le premier Consul. Carnot réfuta* ce rapport dans quelques pages d'observations et y joignit cette épîlre laconique :

« Citoyens Consuls, je vous donne de nouveau ma démission. Veuillez bien ne plus différer à l'accepter.

« Salut et respect. »

Toutefois, dès le surlendemain de cette rupture, et comme pour montrer qu'il n'emportait aucun sentiment d'hostilité contre le chef du gouvernement, Carnot, au moment de quitter Paris, ayant eu connaissance indirecte d'un complot qui menaçait Bonaparte, n'hésita pas a lui écrire la lettre suivante : « Citoyen premier Consul, je viens d'être averti d'une manière positive qu'une conjuration se forme en ce moment contre vous, et qu'on veut attenter cette nuit même à votre vie. Je me fais un devoir de vous en prévenir. La personne qui me donne cet avis est la même qui m'instruisit, le 17 fructidor, de ce qui devait arriver la nuit suivante, et je lui dois en partie les mesures de précaution prises pour me soustraire au danger. On prétend que le ministre de la police n'est point étranger au complot d'aujourd'hui. Salut et respect. »

Aussitôt que la retraite de Carnot devint un fait accompli, ceux-là mêmes qui l'avaient provoquée l'invitèrent à

reprendre ses fonctions d'inspecteur généra] aux revues. Loin de là :

« Lors de mon entrée au ministère, » écriVit-il à son successeur, « je donnai ma démission de la place d'inspecteur en chef aux revues. Le premier Consul désigna verbalement le général Montchoisi pour mon successeur, et j'en instruisis ce dernier. Comme il ne se trouve cependant aucune pièce qui constate expressément ma démission, j'ai pensé qu'il était nécessaire de vous faire cette déclaration officielle, et de renouveler ladite démission en tant que de besoin. »

Puis, aux termes delà Constitution, Carnot adressa aux Consuls un compte financier de sa gestion : en ce qui le concernait personnellement, il avait diminué son patrimoine de la somme de huit mille francs.

Bonaparte lui en voulut beaucoup de ses refus réitérés. Plusieurs places étaient vacantes au Sénat. Clarke ayant un jour prononcé à cette occasion le nom deCarnot, Bonaparte lui dit : « Il devrait être au Sénat, c'est vrai ; mais c'est au Corps législatif ou au Tribunat de le désigner; » sachant fort bien que ces corps ne prendraient pas une telle initiative sans son agrément, et que luimême d'ailleurs avait le droit de faire des présentations.

Lorsque plus tard Carnot fut effectivement nommé candidat au Sénat par le département de la Côte-d'Or, Bonaparte ne l'y appela pas. Sa rancune se manifesta encore dans une autre occasion. Les notes du général Lomct nous donnent ce détail :

« Lorsque Berthier revint d'Espagne et reprit le portefeuille de la guerre, plusieurs chefs de service de son ministère (j'étais du nombre) lui suggérèrent l'idée d'un rapport tout à la louange du citoyen Carnot, et dont la conclusion serait de lui conférer le grade de général de

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