‹ Mémoires sur CarnotChapitre 89 sur 235 · TRAVAUX MATHÉMATIQUES · texte numérisé non relu

TRAVAUX MATHÉMATIQUES

des vues nouvelles sur la trigonométrie, sujet que l'auteur développa plus tard dans d'autres livres.

Carnot, dans cette lettre, reprenait le titre de membre de l'Institut; il y avait droit, ses anciens collègues le lui ayant rendu dès le 5 germinal, avant son entrée au ministère. Sa réélection avait donné lieu à des circonstances qui ne sont pas dénuées d'intérêt. Comment réparer l'injustice commise à l'égard des membres exclus? s'était-on demandé. Si l'on n'a pas eu le droit de les exclure, ils n'ont pas cessé de faire partie de l'Institut : qu'ils reviennent donc y siéger, et que leurs successeurs, indûment nommés, leur cèdent la place. Tel était l'avis de M. de Sales, qui le développa dans une série de mémoires. Sur ces entrefaites, un membre de la classe des sciences vint à mourir, M. Leroy, et l'Institut se prépara à nommer Carnot, heureux de trouver si à propos un moyen de sortir d'embarras. Mais M. de Salas, inflexible sur le principe, combattit ce projet, déclarant que la Compagnie, en procédant à une réélection, sanctionnerait sa première injustice au lieu de la réparer. On lui interdit la parole, comme on l'avait fait la première fois : il est rare que les expédients ne soient pas préférés aux principes. Carnot fut réélu, et, toujours conciliant, il accepta cette restitution comme un témoignage de l'estime de ses collègues, sans accroître leur perplexité par une rigidité de forme qu'il lui eût semblé puéril de réclamer dans une cause personnelle.

Carnot, rendu à la liberté de ses goûts, se livra tout entier à la culture des sciences, et, réunissant les travaux qu'il avait préparés pendant son exil, il se mit à écrire un grand ouvrage de mathématiques, la Géométrie déposition, et un traité De la corrélation des fi-

gure$ de géométrie. Ces livres, qui ont pris place dans la philosophie de la science, ne sont point susceptibles ici d une analyse \

Vers le mois de mai, Carnot vint à Paris. Sa présence y causa quelque sensation dans le monde politique. Il alla faire une visite de politesse aux Consuls, et fut reçu froidement par Bonaparte. Quelques jours après, cependant, celui-ci l'invita à sa campagne. Carnot ne put s'y rendre, et, de retour à Saint-Omer, il écrivit une lettre que nous rapportons, désirant bien éclaircir les relations mutuelles de ces deux hommes, afin de montrer combien l'opposition de Carnot à l'établissement de l'empire, inspirée uniquement par ses opinions républicaines, fut exemple de toute passion étrangère : si sa grande estime pour les talents de Bonaparte ne s'éleva pas jusqu'à l'admiration, l'antipathie que lui inspiraient ses tendances politiques ne l'entraîna non plus jamais jusqu'à la haine personnelle; il n'était même nullement insensible à ce qu'il y avait de séduisant dans cette nature extraordinaire.

« Citoyen premier Consul, » écrivait Carnot, «je reçus avant mon départ de Paris la lettre par laquelle vous aviez la bonté de me prévenir que vos ordres étaient donnés pour que je fusse admis près de vous à la Malmaison. J'ai regretté de ne pouvoir en profiter. Mais votre lettre ne m'ayant été remise que dans la nuit du 29 au 50 floréal, environ deux heures avant celle fixée pour mon départ avec toute ma famille, il m'a été impossible de changer ces dispositions, d'autant que nos effets étaient partis dès la veille. Ces choses sont peu im-

1 Voyez : Arago, Biographie de Carnot, et Chastes, Aperçu historique sur Vorigine et U développement des méthodes en géométrie.

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